Les instantanés de la guerre et l’accélération des opérations militaires en Afghanistan ont trop souvent masqué la ligne de conduite du roi et des royalistes, tout entière dictée par le souci de l’indépendance nationale et de la paix.

Une fois de plus, les médias ont déçu : aux heures de grande écoute, l’information télévisée a adopté la vision américaine de la guerre (mise en scène des troupes de l’Alliance du Nord, image de bombardements) et les quotidiens nationaux ont adopté le même parti pris qui les a conduits à présenter de manière fragmentaire les enjeux politiques du conflit entre les Taliban et les forces disparates opposées à ceux-ci (1).

Quant à l’avenir de l’Afghanistan, le rôle de Zaher Shah a été généralement sous-estimé, tandis que les démarches et les actions des royalistes étaient présentées comme celles de simples « opposants ».

En puisant dans l’information facilement accessible à tout citoyen familier de la Toile, essayons de donner une appréciation plus équilibrées des affaires afghanes.

De son exil romain, le roi n’a cessé depuis le début de l’attaque américaine de plaider pour la protection du peuple afghan et pour une solution pacifique. Alors que les Américains s’apprêtaient à attaquer son pays, le fils cadet du roi avait déclaré que lui et son père n’approuvaient pas « les attaques aveugles qui pourraient tuer des civils, des gens innocents. On peut éliminer les terroristes d’une autre manière » et les proches du roi rapportèrent que celui-ci était « bouleversé et triste ».

Dès le début de la guerre, le 7 octobre, une rencontre entre le roi et des représentants de l’Alliance du Nord avait débouché sur la création d’un Conseil suprême d’unité nationale chargé de préparer une assemblée traditionnelle (Loya Jirgah) ayant à élire un chef d’Etat et un gouvernement de transition.

Le 9 octobre, le général Abdoul Wali, gendre et conseiller du roi, précisait la ligne pacifique et unitaire de Zaher Shah en déniant au Pakistan toute intervention dans les affaires afghanes : « Il appartient aux Afghans et à eux seuls de choisir leur futur gouvernement », déclarait le général Wali qui mettait en garde les autorités d’Islamabad du danger qu’il y aurait à « jouer une ethnie contre une autre en Afghanistan ».

Le 13 octobre, le roi écrivait personnellement au secrétaire général des Nations unies pour lui demander l’envoi d’une « force multinationale de maintien de la paix » qui devrait entrer dans Kaboul dès la libération de la ville « pour maintenir la sécurité dans la ville et éviter ainsi les erreurs commises dans le passé ».

Ces initiatives furent immédiatement relayées par les royalistes qui organisèrent à Peshawar, les 24 et 25 octobre, une conférence pour la paix et l’unité nationale de l’Afghanistan, animée par un proche du roi, Pir Sayed Ahmad Gailani. Considérant que « les opérations militaires peuvent causer la chute du régime taliban à tout moment » et créer une situation de « vide politique », les royalistes déclaraient que « si ce vide était rempli par un groupe particulier au moyen d’opérations militaires, cela entraînerait une nouvelle phase d’effusion de sang et de désordre et cela frapperait notre nation de nouveaux malheurs ». Les troupes de l’Alliance du nord étaient alors à 40 km au nord de Kaboul.

Le 29 octobre, c’est un héros de la guerre contre les Soviétiques qui intervient : le commandant Aji Muhammad Zaman plaide pour une action collective après la tentative malheureuse d’un de ses compagnons d’armes, Abdul Haq, exécuté par les Taliban alors qu’il tentait de rallier des Pachtoun à la cause du roi. « Nous avons besoin du soutien de la communauté internationale, d’un soutien financier et militaire, pour entrer en Afghanistan et lancer un mouvement organisé contre les Taliban » déclarait le commandant Zaman qui redoutait la prise de Kaboul par les troupes du Nord : « cela ne serait pas bon pour le pays, nous les avons déjà vus gouverner pendant longtemps [de 1992 à 1996] c’était le chaos et la confusion ».

Le 6 novembre, les royalistes poussent de nouveau l’ONU à l’action. Le neveu  de Pir Gailani, Ashaq Gailani, dirige le Mouvement national de solidarité pour l’Afghanistan (NSMA) qui regroupe quarante-cinq organisations afghanes : il déclare que les membres de son rassemblement ne sont « pas satisfaits de l’ONU » ni des Américains (qu’ils soupçonnent de chercher à s’implanter durablement en Afghanistan sans se préoccuper d’une solution politique rapide)et insiste sur l’urgence d’une initiative politique des Nations unies en vue du rassemblement de « tous les mouvements qui travaillent pour la paix ».

Le 14 novembre, lors de la prise de Kaboul par l’Alliance du Nord, le roi adresse un message à ses « chers fils » afghans :

« Je diffuse ce message à la veille du Ramadan. J’appelle à l’unité du peuple afghan. Evitez la vengeance et respectez les droits de l’homme. Restez calmes et soyez patients. Très prochainement, je rentrerai servir mon pays, non comme souverain, mais comme serviteur de l’Afghanistan.(…) Je vous invite à vous unir, le peuple et les leaders des divers partis, à la Loya Jirgah qui sera convoquée rapidement et portera au gouvernement les représentants du peuple afghan. Le vote politique qui en sortira devra être mis en oeuvre. J’invite en outre les +seigneurs de la guerre+ à observer les règles internationales concernant les prisonniers de guerre. Les personnes qui se rendent devront être respectées. Je conclus avec une prière pour la paix, la sécurité et l’intégrité de l’Afghanistan ».

Avec le roi, espérons.

YVAN AUMONT

(1) Ces lignes ne doivent pas être prise pour une critique globale de la télévision et de la presse écrite : il y a eu d’excellentes émissions, tard dans la soirée et de remarquables dossiers dans la presse écrite – notamment ceux publiés par Télérama.

 

Article publié dans le numéro 782 de « Royaliste » – 26 novembre 2001