Celles et ceux qui, à Royaliste, aiment la littérature albanaise et apprécient tout particulièrement l’œuvre d’Ismail Kadaré ont appris avec tristesse la mort, le 1er juin, de Yusuf Vrioni. La traduction en français de l’œuvre du grand écrivain albanais était si fidèle et si belle qu’elle faisait référence pour tous ceux qui, dans le monde, veulent faire connaître celui qui aurait dû, depuis longtemps, recevoir le prix Nobel de littérature.

J’avais rencontré Yusuf Vrioni en 1993 à Tirana, lors d’un déjeuner qui réunissait, à la table de l’Ambassadeur de France, Ismaël Kadaré et une vingtaine d’autres écrivains, cinéastes et artistes albanais. Je garde le souvenir d’un grand intellectuel, magnifiquement parisien et exemplairement albanais, tout au bonheur de vivre dans sa patrie libérée de la terreur, trop élégant pour dire ses souffrances tout au long des treize années passées dans les prisons et les camps du régime d’Enver Hodja, trop humble sans doute pour faire, lui aussi, œuvre littéraire.

Voici peu, Alain Solari avait rendu compte des mémoires (1) de cet éminent serviteur de la langue française, qui nous avait fait l’honneur de devenir citoyen français sans cesser d’être passionnément albanais. Nous envisagions une rencontre. Elle n’aura pas lieu. Mais les admirateurs d’Avril brisé, du Palais des rêves et de tant d’autres ouvrages n’oublieront pas ce que la littérature universelle doit à Yusuf Vrioni.

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(1) Yusuf Vrioni, Mondes effacés, Lattès,

 

Article publié dans le numéro 775 de « Royaliste » – 25 juin 2001