Le dispositif xénophobe mis au point par l’actuel gouvernement nie les traditions françaises, les valeurs républicaines et les intérêts de notre pays.

Les « lois Pasqua » n’ont pas encore une année d’existence, mais le bilan peut en être dès à présent établi : il est négatif sur toute la ligne, même au regard des objectifs que le ministre de l’Intérieur s’était fixés :

Objectif politicien : faire reculer le national-populisme, en montrant que la fermeté de la « droite civilisée » est suffisante pour répondre aux attentes du courant xénophobe. Résultat ? Les élections européennes ont montré que le Front national demeurait solidement implanté et qu’il ne repassait pas au-dessous de la barre des 10 %. Les mêmes élections ont fait apparaître un deuxième courant national-populiste autour d’un Philippe de Villiers qui, sous couvert de retour aux valeurs traditionnelles, professe un lepénisme simplement recouvert d’un vernis mondain.

Objectif sécuritaire : ramener l’ordre dans les rues et faire respecter partout la loi. Résultat : jamais il n’y a eu autant de révoltes dans les quartiers déshérités des banlieues – révoltes provoquées par l’exclusion sociale que la législation xénophobe vient encore renforcer. Faut-il répondre par une répression accrue, par une législation encore plus sévère ? Les révoltes deviendraient plus nombreuses et plus dures puisqu’elles ne sont pas la conséquence de l’immigration mais le résultat de la misère matérielle et morale.

Objectif d’intégration : aux dires de M. Pasqua, l’expulsion des immigrés clandestins permet l’intégration des populations entrées en France légalement et installées régulièrement dans notre pays. Pur et simple mensonge : en durcissant les conditions de séjour des étrangers, en rendant plus difficile l’accès à la nationalité française (déclaration obligatoire à l’âge de 18 ans, délai allongé de six mois à un an pour la naturalisation par mariage) les lois Pasqua fabriquent chaque jour de nouveaux clandestins – au sein de populations qui étaient déjà intégrées ou en voie d’intégration rapide. Et le laxisme à l’égard des employeurs de main d’œuvre clandestine – véritables négriers des temps modernes – rend particulière ment odieuses les rodomontades sur le durcissement des conditions d’entrée en France. Ainsi, M. Pasqua perd sur tous les tableaux : celui de l’efficacité administrative, celui de la manœuvre politique, et celui du respect des personnes.

Car le ministre de l’Intérieur et le Premier ministre qui a entériné sa politique ne se trompent pas seulement de méthodes et d’enjeux : ils violent les principes fondamentaux de la nation française, ils renient les valeurs de la civilisation qu’ils affirment défendre. La droite ne cesse de dire qu’elle est là pour préserver l’identité de la nation, et que sa mission historique est de promouvoir les « vraies valeurs », c’est-à-dire les valeurs traditionnelles. Ces thèmes intéressent tout particulièrement les royalistes, qui s’appuient justement sur les traditions nationales et qui s’y connaissent en matière d’identité. Or les royalistes constatent que MM. Balladur et Pasqua, tout comme MM. de Villiers et Le Pen, contredisait par leurs actes le discours moral qu’ils tiennent par ailleurs. Quelques exemples majeurs :

– Quand M. Balladur refuse qu’on devienne français « par accident », il renie une conception fondamentale dans la civilisation judéo-chrétienne qui tient pour essentiel le fait d’être homme, et pour accidentel le fait de naître dans telle ou telle collectivité. Faute d’avoir réfléchi à la portée de ce qu’il dit, le Premier ministre rejoint ainsi une conception ethnique de la nation, dans l’oubli de notre droit traditionnel de la nationalité.

– Dans la France capétienne, l’appartenance au royaume est fondée sur le principe du droit du sol : l’enfant qui naît en France, même de parents étrangers, devient immédiatement français. Cette conception traditionnelle a été maintenue par les républiques successives sous des formes juridiques  de plus en plus complexes mais sans que le principe soit entamé. Le fait d’exiger une démarche volontaire à l’âge de dix-huit ans rompt avec cette tradition et crée dans le pays une ségrégation intolérable entre les enfants des mêmes écoles et des mêmes quartiers.

– Dans les sociétés traditionnelles, l’hospitalité est un principe sacré selon lequel tout voyageur, tout étranger, doit être accueilli et protégé. Notre Déclaration des droits de l’homme, référence de la monarchie constitutionnelle de 1791 puis des régimes républicains, a érigé cette tradition au rang de nos valeurs suprêmes. Les restrictions au droit d’asile violent à la fois la coutume et les principes fondamentaux du droit.

– La droite, qui se dit soucieuse de la culture française nuit à son développement en la privant des apports extérieurs qui lui sont indispensables (parmi les immigrés qu’on refuse ou qu’on rejette il y a beaucoup d’étudiants et d’intellectuels). Ce faisant, elle porte atteinte au rayonnement de la France et, notamment, à la francophonie.

Abroger les lois Pasqua : une nécessité pour tous ceux qui ont le souci de la tradition nationale et de l’avenir du pays.

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Article publié dans le numéro 625 de « Royaliste » – 4 juillet 1994