Toutes chaînes confondues, l’information télévisée ne s’intéresse qu’à deux types de délits, la pédophilie et les violences urbaines, alors que d’autres formes de délinquance méritent, aux heures de grande écoute, reportages et enquêtes approfondies.

Jour après jour, depuis des mois, on nous informe que la sécurité va être un des principaux thèmes de la campagne. Et pour mieux informer « les gens » sur cette information, on leur présente des tas de reportages inquiétants sur la violence croissante dans les zones urbaines, avec des statistiques accablantes à l’appui.

Comme les candidats sont eux aussi informés de l’information relative au caractère primordial du thème sécuritaire, ils multiplient les déclarations qui aliment les informations. Preuve est faite que la sécurité sera au cœur de la campagne. C’est le côté tautologique de la communication, auxquelles s’ajoutent les illusions produites par les chiffres publiés : une campagne de sensibilisation sur la pédophilie augmente la dénonciation de ces actes et par conséquent le nombre des délits constatés.

Concrètement, l’agitation politico-médiatique ne sert à rien comme le prouvent les attaques en voiture bélier menées en janvier au cœur de la capitale – qui vit comme tout le pays à l’heure du plan Vigipirate renforcé.

Mais il serait vain d’espérer, avant la fin de la campagne électorale, autre chose que l’alternance des déclarations consternées et de promesses sans suite. Vingt sept ans après le début des grandes campagnes sur la sécurité (lancées par Michel Poniatowski en 1975) on constate une augmentation réelle de la violence urbaine et on s’est aperçu qu’il n’y avait même pas un gilet pare-balle par policier !

Il faut cependant continuer à militer pour que toutes les formes de délinquance soient analysées et dénoncées. Prenons à titre d’exemple la semaine du 14 au 20 janvier, pendant laquelle se manifestent trois types d’activités délictueuses :

1°/ Les vols, agressions et incendies de voitures amplement présentés et dénoncés par les médias qui appellent la police et la justice à durcir la répression au nom de la « tolérance zéro ».

2°/  De violentes manifestations paysannes, le 16 janvier. A Béziers, cinq mille viticulteurs affrontent mille policiers et un société de négoce est mise à sac. Dans l’Ouest, le même jour, des agriculteurs qui protestent contre le plan Glavany d’aide aux éleveurs occupent les voies ferrées, et un train d’essai qui roulait à 150 km/h percute une chenillette posée sur les rails. Par miracle, aucun employé n’est blessé. Le PDG de la SNCF proteste et porte plainte contre X. Mais les médias traitent rapidement ces informations et nul ne songe à fustiger cette délinquance collective et ces actes de sabotage.

On peut comprendre que la politique pénale en la matière vise à éviter l’enclenchement d’un cycle violent, mais un jeune de banlieue qui est mis en prison pour jet de pierres a du mal à admettre que les auteurs de violences en réunion, d’incendies volontaires et de destruction de matériel ne soient même pas déférés devant un juge. De la tolérance zéro, on est passé à la tolérance 98%.

3°/ La mise en examen, le 14 janvier, de Daniel Bouton, président de la Société générale pour « blanchiment aggravé ». Sans attendre, Edouard Balladur met en garde les juges contre le « retentissement » de leurs décisions et Laurent Fabius s’empresse de déclarer que Daniel Bouton est un « honnête homme » et qu’il faut (comme le demande le patronat) clarifier la loi – autrement dit l’aménager de telle manière que les banquiers ne soient plus inquiétés. De la tolérance zéro appliquée aux petits voyous, on passe donc à des menaces contre les juges et à la proclamation d’une amnistie morale avant même qu’un jugement soit prononcé.

Conclusion ? La petite délinquance ne provient pas seulement de l’éclatement de la famille, du chômage et de la misère, mais du mauvais exemple donné par les délinquants de haut vol qui s’estiment plus que jamais au-dessus de la loi et du juge – « bouche de la loi ».

***

Article publié dans le numéro 787 de « Royaliste » – 4 février 2002