Comme un sale gosse de riches, Jean-Marie Messier renvoie ses domestiques et casse ses jouets. On en rirait s’il n’y avait au bout des mécomptes l’emploi de milliers de salariés et une nouvelle mise aux enchères des intérêts français.

Prospère, youp-là boum ! Ils chancellent, explosent, implosent, s’effondrent, capotent ou s’étouffent dans le crapoteux. Les prédateurs se volatilisent. Les vampires sont vampirisés et les jeunes loups, vaporisés. C’est la dure « loi du marché » que des crétins solennels prétendaient maîtriser. Leur arrogance n’avait d’égale que leur incompétence. Après Serge Tchuruk, responsable des déboires d’Alcatel, après la déconfiture des dirigeants d’Enron et d’Arthur Andersen, après Léo Kirch, responsable de la faillite de son groupe, voici enfin révélée la malfaisance de Jean-Marie Messier.

Ce prétentieux qui méprise l’Etat autant que la démocratie, et le peuple autant que la nation, avait cru devenir le roi de la fête globalisée en rassemblant hâtivement un empire industriel et financier où l’on trouvait de la télévision, des films, des chansons, des téléphones, de l’eau, du réseau internet, des journaux, des maisons d’édition. La jospinie en pleurait de bonheur, et on essuyait des larmes discrètes dans la chiraquie : pensez donc ! Un « champion français » qui donnait à penser que l’industrie nationale était portée sur le devant de la scène mondiale…

Le « champion » s’installa à New York, d’où il déblatéra sur l’exception culturelle, et on préféra ne pas se poser trop de question sur l’étendue du pouvoir des actionnaires américains de Vivendi Universal.

La bulle Messier a éclaté voici quelques semaines : le méga-prédateur n’est qu’un gestionnaire de troisième ordre doublé d’un liquidateur de première classe. Pour la seule année 2002, les dettes du groupe sont passées de 38,8 milliards d’euros à 41,8 milliards et le cours des actions Vivendi Universal a chuté de 40% depuis le début de l’année. Mais la rémunération du PDG a augmenté des deux tiers entre 2000 et 2001, soit « une rémunération nette de 2,38 millions d’euros » sans compter les jetons de présence et les 592 810 actions que le bonhomme détenait en décembre dernier.

Patron moliéresque, Citizen Messier a décidé de purger. Liquidation de Denis Olivennes, directeur de Canal Plus, le 12 avril dernier. Liquidation de Pierre Lescure, PDG de la chaîne cryptée, le 16 avril et révolte largement médiatisée du personnel qui craint pour son avenir. Liquidation, aussi, du secteur de la presse professionnelle dont le personnel est vendu avec les meubles en attendant d’autres opérations de délestage. Vives inquiétudes pour l’avenir du cinéma français, financé à 20% par Canal Plus. Tel est le premier inventaire des dégâts. Les pouvoirs publics, qui se complaisent dans le « laisser faire », en sont aussi responsables que le célèbre « looser » new-yorkais.

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Article publié dans le numéro 793 de « Royaliste » – 29 avril 2002