Une employée de banque tuée en janvier dernier à Paris. Dans toutes sortes d’établissements financiers, de nombreux salariés en relation avec la clientèle sont chaque jour insultés et menacés. Même situation critique dans les bureaux des nouveaux Pôles emploi : insultes, agressions physiques, menaces avec armes. Dans les usines qui licencient ou qui ferment, la tension monte et des patrons sont houspillés ou séquestrés. En Guadeloupe, un manifestant a été tué et on a tiré à l’arme de chasse sur des policiers…

Les motifs de ces comportements sont clairs. Dans les banques, ce sont des clients exaspérés par un refus de crédit ou la confiscation d’une carte de paiement qui s’en prennent à ceux qui se trouvent à portée de la main. Dans les Pôles emploi, l’angoisse des chômeurs est accrue par l’immense désordre provoqué par la fusion entre l’ANPE et les ASSEDIC qui retarde de plusieurs mois le paiement des allocations. On sait que dans le patronat ultralibéral le licenciement et la compression des bas salaires sont les seules « variables » utilisées pour réduire les coûts. Le harcèlement des policiers est pour certains groupes un rituel de fin de manifestation mais d’ordinaire ce défoulement restait limité.

Nous sommes aujourd’hui confrontés à une contagion de la violence sociale qui va s’étendre et se durcir à mesure que la crise économique s’intensifie. Il est désolant de constater que cette violence frappe des salariés du privé et des fonctionnaires qui sont eux-mêmes soumis au « management par le stress » et à l’obligation de résultats chiffrés qui provoquent des dépressions nerveuses et des suicides. Les pouvoirs publics, quand ils s’apercevront de l’ampleur du « problème », ne le résoudront pas par des campagnes de communication incitant au respect mutuel.

L’impuissance prévisible du gouvernement (autrement dit, de Nicolas Sarkozy) tient d’abord au fait qu’il a perdu sa légitimité démocratique, selon les trois critères de l’adhésion populaire, du service rendu et de la tradition nationale :

– Les élections de 2007 résultent d’une série de mensonges éhontés et le référendum est refusé au peuple français sur les questions cruciales du Traité de Lisbonne et du retour complet dans l’OTAN. Le consentement populaire fait défaut.

– Le pouvoir politique ne rend pas service à l’ensemble de la collectivité nationale : il n’est pas capable de la protéger de la crise, il est lié aux organisations patronales qui mènent contre les salariés une guerre de classe méthodique et implacable.

– La rupture de la continuité historique est délibérée dans le domaine de la défense et de la politique extérieure du fait de l’alignement sur les Etats-Unis.

Du coup, des citoyens en nombre croissant se sentent floués, abandonnés, trahis et vivent dans l’angoisse l’accumulation des crises et la perte de leurs certitudes – celle, essentielle, d’être défendus par une Armée étroitement liée à la nation mais désormais contrainte d’opérer sous commandement étranger. Les manifestations des salariés le 19 mars et celle des opposants au retour dans l’OTAN, à Strasbourg le 4 avril, ont un lien étroit.

Cette situation critique renvoie chaque citoyen, les syndicats et tous les partis d’opposition à leurs responsabilités.

Les citoyens doivent faire l’effort de maîtriser leur violence : au lieu d’insulter, de menacer et de frapper les employés et les policiers, il faut se dire et leur dire que nous sommes tous prisonniers d’un système qui fonctionne par la peur et l’humiliation. Il faut se dire et leur dire que notre commune colère doit viser les seuls oligarques : grands patrons ultralibéraux, dirigeants des principaux médias, les ministres et leur chef. Il faut que la lutte sociale soit organisée par des directions syndicales représentatives qui doivent organiser la résistance populaire sans compromis avec la « gouvernance » de faillite. Il faut que la lutte des classes trouve une première issue politique dans la victoire des démocrates sur les oligarques. Puisque les formations gaullistes ont presque disparu, il est urgent que les partis de gauche prennent enfin leurs responsabilités et mobilisent selon les nécessités du salut public. Sinon, nous risquerons chaque jour un peu plus le déchaînement de la pure violence.

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Editorial du numéro 944 de « Royaliste » – 2009