Nous sommes contre la guerre américaine. Nous sommes contre la participation de la France à la guerre que les Américains mènent contre la Fédération yougoslave.

Cette résolution nous a conduits à nous engager dès le premier jour dans la campagne pour l’arrêt des bombardements sur la Serbie et sur le Monténégro (1) et pour une solution négociée dans la guerre civile qui oppose l’armée serbe et les indépendantistes kosovars. Depuis dix ans, nous défendons la cause de la paix dans les Balkans, et nous n’avons cessé d’espérer une solution politique permettant aux nations et aux peuples balkaniques de vivre dans la sécurité et dans l’amitié retrouvée.

Pour cette grande cause, la France se devait de jouer un rôle décisif et nous avons déploré qu’elle ne s’oppose pas plus fermement à la logique de guerre civile qui a détruit la République fédérative de Yougoslavie. Du moins, François Mitterrand avait-il refusé de faire la politique du pire – celle de la guerre contre la Serbie que proposaient quelques irresponsables. Et nous voulions croire que la France mènerait, avec d’autres puissances européennes, une action déterminante pour arracher le Kosovo à sa tragédie.

C’est le contraire qui s’est produit. Les autorités françaises ont laissé les Américains décider et elles ont consenti à exécuter leurs décisions, programmées selon leurs intérêts et leurs passions et politiquement bâclées. Elles ont accepté que le Conseil de sécurité soit tenu à l’écart, au mépris des principes du droit que la France a défendus lors de la guerre du Golfe. Elles entérinent, en participant à la guerre contre la Fédération yougoslave, la transformation de l’OTAN, alliance défensive, en une force de police internationale sous commandement américain. Elles s’alignent sur une stratégie impérialiste qui fait fi des souverainetés nationales car il faut se rappeler que le Kosovo, cœur historique de la Serbie peuplé d’une forte minorité serbe, fait partie intégrante d’un Etat souverain.

Engrenage prévisible et prévu, puisque les autorités françaises n’avaient pu obtenir ni la nomination d’un commandant européen à Naples pour la zone sud de l’OTAN, ni s’engager effectivement sur la voie d’une « européanisation des Balkans ». Echec d’une pitoyable diplomatie d’influence, alors que la France dispose de tous les moyens nécessaires à une diplomatie de très grande puissance.

Voici les dirigeants de notre pays dans le piège sanglant. Ils reprennent les slogans « antitotalitaires » et « humanitaires » d’un président Clinton qui n’est pas gêné par le système concentrationnaire chinois, ni par les opérations de l’armée turque contre les séparatistes kurdes. Nos dirigeants tolèrent que les militaires français reçoivent leurs ordres d’un général américain et qu’ils soient exposés à la mort dans des opérations qui touchent les civils. Ils acceptent de participer à une guerre d’autant plus imbécile que le peuple serbe fait maintenant bloc autour du président Milosevic, que les bombardements ont provoqué une répression accrue contre les indépendantistes kosovars et contre la population albanophone, et que l’échec des premières « frappes » d’intimidation conduit à des bombardements beaucoup plus destructeurs et qui épargneront d’autant moins les civils.

Les dirigeants français semblent avoir honte de leurs échecs et de leur soumission à l’hégémonie américaine. Sinon le gouvernement, comme en 1991, aurait donné ses explications devant le Parlement avant de s’engager dans une guerre, et aurait demandé un vote.

Il faut que le président de la République et le Premier ministre se reprennent, retirent les forces aériennes engagées dans la guerre et préparent, en concertation avec nos amis russes, une conférence balkanique pour la paix dont les Américains doivent être nécessairement exclus. L’Europe ne pourra organiser sa sécurité que lorsque les Américains en seront partis. Le général de Gaulle avait montré la voie lorsque, en 1966, il avait chassé du territoire national les troupes américaines. A nouveau, la France doit être exemplaire : hors d’Europe, les Américains !

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(1) Le 25 mars, un militant royaliste a été arrêté par la police alors qu’il manifestait devant le Quai d’Orsay en compagnie d’une centaine de Yougoslaves, eux aussi brutalement conduits au poste.

Editorial du numéro 726 de « Royaliste » – 28 mars 1999.