Il y a les salauds courageux, et puis les petites frappes ignobles et lâches que les guerres civiles font sortir de leur trou…

Touvier fait partie de la seconde catégorie : celle des petits voyous, celle des minables qui n’ont pas le courage de manifester leurs rancœurs, et qui sont portés par la vague d’une révolution ou d’une  contre-révolution, d’une guerre civile ou étrangère. Tout à coup, ces salauds dérisoires ont les moyens de leurs saloperies – délation, torture, exécutions sommaires, trahisons en tous genres. C’est la bande abjecte des troisièmes couteaux, des coupe-jarrets, que les chefs ne veulent pas voir, mais qui font le sale travail.

En ce moment, les Touvier opèrent en Bosnie-Herzégovine, dans les trois camps, ils étaient voici quelques années au Liban. Une des abjections de Vichy fut de donner un drapeau (avec la bénédiction du Maréchal), des uniformes, des moyens, à ces petites frappes qui ne furent jamais rien d’autre que des supplétifs des SS et de la Gestapo. Mais l’abjection, avec ou sans uniforme, est toujours sous nos yeux et reparaîtrait dans notre pays si nous devions vivre une nouvelle tragédie. Juger Touvier, ce n’est pas faire le procès de la Milice, puisque ce procès a eu lieu dès la Libération, puisque son chef Joseph Darnand a été fusillé : c’est faire le procès des Touvier de tous les camps, dont l’élimination de la Milice ne nous délivre pas.

Dire cela n’est pas relativiser le cas personnel du milicien Paul Touvier. Quant à celui-ci, il faut dire les choses clairement. S’il avait été pris pendant les combats de la Libération, le milicien Touvier aurait été passé par les armes. La paix revenue, et la peine de mort heureusement abolie, il est évidemment indispensable qu’il soit jugé pour crimes contre l’humanité, et souhaitable qu’il soit condamné pour deux raisons : les crimes de Touvier sont impardonnables, et Touvier n’a jamais demandé pardon – lui qui continue à traiter de « voyous » les Résistants qui entrèrent dans Lyon un beau jour de 1944.

Touvier reste un Milicien. Mais il n’a même pas le courage, tant célébré par le fascisme, d’aller jusqu’au bout : il a des trous de mémoire, il fuit les questions. Non seulement Touvier est fasciste, mais ce fasciste est un lâche.

Un dernier mot. La France entière admirerait Me Trémollet de Villers si cet avocat remarquable faisait très exactement son métier d’avocat de la défense. L’avocat d’un criminel exerce une fonction métaphysique puisqu’il plaide pour le salut d’un homme – surtout lorsqu’il s’agit d’une ignoble crapule – et cette fonction le rend éminemment respectable. Hélas, Me Trémollet de Villers abandonne trop souvent cette fonction métaphysique lorsque sa défense devient un acte partisan : pour lui, il y a stricte équivalence entre les actions de la Milice et celle de la Résistance. M. Trémollet, vieux routier de l’intégrisme catholique, est un nihiliste.

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Article publié dans le numéro 619 de « Royaliste » – 4 avril 1994