Quant au prochain référendum sur le « traité constitutionnel », la campagne qui s’est déroulée au sein du Parti socialiste a été exemplaire.

Les débats entre adhérents ont montré qu’un parti politique peut et doit être le lieu où se discutent les projets politiques généraux en fonction d’une tradition de pensée – et pas seulement un générateur de candidats. Il est clair que la confrontation sur le traité a passionné les militants, au-delà des calculs électoraux des différentes tendances.

De plus, les arguments échangés entre socialistes ont eu un large écho dans l’opinion publique et nourri maints débats. C’est un nouveau démenti au préjugé très répandu dans les hautes classes, selon lequel « les gens » ne seraient pas capables de comprendre les débats « trop techniques » et réagiraient seulement aux stimuli médiatiques.

Quant aux médias, justement, il y a lieu de s’inquiéter. Au lieu d’informer les Français dans l’esprit d’objectivité dont elle nous rebat les oreilles, la grande presse écrite et audiovisuelle a soutenu sans aucun scrupule les thèses favorables au traité.

Nous ne saurions nous satisfaire de ces constats puisque nous sommes, à notre manière, partie prenante dans le débat sur l’Europe. Au Parti socialiste, la victoire du « non » était à nos yeux souhaitable : une réorientation de l’appareil pouvait dés lors être envisagée, et le choix des militants aurait massivement pesé sur le résultat du référendum national.

Le vote du 1er décembre a confirmé les anticipations pessimistes. Dans sa large majorité, le Parti socialiste reste un parti conservateur, effrayé par une démarche réformiste – pourtant fort modérée. Par la recomposition de son équipe dirigeante, qui accueille Martine Aubry, Dominique Strauss-Kahn et Jack Lang, le parti fondé par François Mitterrand confirme un tournant libéral qui lui fera logiquement adopter un traité ultralibéral.

Une formation politique qui accepte, entre autres, que la libre circulation des capitaux soit considérée comme une liberté fondamentale ne peut être réputée socialiste. Des dirigeants qui se disent partisans d’une Europe indépendante ne peuvent souscrire à un traité qui stipule que l’OTAN est le fondement de la défense collective et l’instance de sa mise en œuvre pour les Etats qui en sont membres.

Ces choix libéraux et atlantistes ne concernent pas les seuls socialistes. L’axe Solférino-Matignon qui va se créer pour la victoire du « oui » au référendum va gravement déséquilibrer la campagne nationale. Alors qu’une réponse négative des socialistes aurait permis un débat sérieux dans le pays, la thématique des oligarques de droite et de gauche va mettre en valeur les discours extrémistes. Les slogans grossiers de la gauche radicale et des diverses tendances du nationalisme autoritaire risquent fort de discréditer la critique raisonnée du traité – qu’elle soit d’inspiration gaulliste ou qu’elle procède d’un socialisme authentique. Beaucoup de citoyens dubitatifs seront alors tentés de dire non au non comme cela se produisit lors du référendum sur le traité de Maastricht.

D’où trois souhaits pour la campagne qui s’annonce :

Que les socialistes opposés au traité puissent continuer à s’exprimer ;

Que les gaullistes qui se trouvent à l’UMP fassent eux aussi entendre leurs raisons ;

Que les communistes conçoivent une campagne intelligente.

Il est inutile de demander aux médias de se contenter d’informer l’opinion publique. Sous couvert de l’égalité des temps de parole attribués aux formations politiques, les maîtres à penser de la grande presse continueront leur propagande pour leur « Europe » : celle qui convient parfaitement aux groupes industriels et financiers qui leur fournissent capitaux et recettes publicitaires.

Enfin, nous aurons à rappeler que la principale faiblesse des partisans du « non » est de ne pas proposer de projet européen alternatif. Nous serons donc heureux de soumettre à la discussion publique le projet de confédération européenne adopté cette année par le congrès de la Nouvelle Action royaliste.

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Editorial du numéro 849 de « Royaliste » – 13 décembre 2004