Les principaux chefs de parti avaient promis qu’ils occuperaient leurs fonctions au Parlement européen. Les démissions qui se succèdent montrent que ces hiérarques ne croient en rien et ne respectent rien.

Monsieur Sarkozy avait promis : « On ne peut pas se présenter à une élection pour ne pas exercer son mandat ». Le premier il démissionna.

Monsieur Bayrou avait promis : « Quand on se présente à une élection, c’est évidemment pour aller siéger ensuite ». Puis il a annoncé son désistement (1).

Monsieur Hollande avait promis : il se présentait à la tête des socialistes « pour siéger » et « pour que les socialistes européens fassent entendre leur voix ». En décembre, il s’est aperçu qu’il n’avait « pas le temps de mener deux mandats parlementaires ».

Il va sans dire que les électeurs ont été floués. Ce qui n’est pas la première fois : à gauche, François Hollande avait déjà fait le coup, et avant lui Laurent Fabius et Lionel Jospin ; à droite, Dominique Baudis et Valéry Giscard d’Estaing avaient donné l’exemple de la désertion.

Les décisions concordantes prises par ces messieurs ne sont pas seulement insultantes pour leurs électeurs et leurs militants respectifs. Elles nuisent gravement à l’image de la France dans l’Union européenne, car les dirigeants politiques français sont les seuls à pratiquer la prise de gage et l’art de la défausse. Ce cynisme serait compréhensible de la part d’opposants à l’Europe d’Amsterdam – mais le paradoxe est que Jean-Marie Le Pen et Charles Pasqua n’abandonneront pas leur siège. Au contraire, Nicolas Sarkozy et François Hollande affirment leur foi en l’Europe des Quinze. D’où trois questions que les citoyens doivent aller leur poser lorsqu’ils tiennent leur permanence d’élu :

  • Puisqu’ils disent ou laissent entendre que « les Etats-nations sont dépassés » pourquoi ne sacrifient-ils pas leurs mandats nationaux, pourquoi ne renoncent-ils pas à leurs espoirs ministériels en France ?
  • Puisqu’ils affirment vouloir faire l’Europe, pourquoi abandonnent-ils leurs fonctions européennes ?
  • Puisqu’ils déplorent le « déficit démocratique européen », pourquoi se moque-t-il à ce point du vote démocratique ?

S’ils ne répondent pas, ces messieurs prouveront qu’ils sont dépourvus de toute conviction, et qu’ils n’ont même plus de respect pour eux-mêmes. Ils ne s’étonneront pas, dès lors, de voir progresser le taux d’abstention et le nombre de votes blancs lors des prochaines élections européennes.

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N.B. Le scandale provoqué par ces démissions annoncées a été tel que François Bayrou est revenu sur sa décision et continuera de siéger à Strasbourg. Lorsque ce numéro paraîtra, nous espérons que François Hollande aura suivi ce bon exemple.

Article publié dans le numéro 740 de « Royaliste » – 27 décembre 1999