Quelles sont les relations entre la pensée médiévale et la philosophie juridico-politique moderne ? Les savantes réponses réunies par Yves Charles Zarka sont comme un bain de jouvence.

Depuis une trentaine d’année, l’enseignement universitaire tend à négliger les diverses formes de la pensée médiévale, si bien que beaucoup de philosophes du politique et du droit passent directement des Grecs à Hobbes, Locke et Bodin sans guère se soucier des apports de la pensée médiévale de la res publica – alors que le caractère décisif de ces apports a été mis en évidence par d’éminents historiens.

Cette grave négligence est peu à peu effacée par de jeunes savants qui ont longtemps repris dans l’indifférence quasi-générale les grands textes médiévaux, et qui se sont récemment rassemblés (1) pour mieux faire valoir l’importance de leurs recherches quant à la compréhension de la pensée politique moderne.

A l’encontre du préjugé courant, nulle rupture en effet entre les théologiens et philosophes qui expriment diversement la chrétienté médiévale, et les penseurs du politique au 16ème siècle. Par exemple, le concept moderne de souveraineté procède du « déplacement «  de l’idée ecclésiastique de plenitudo potestatis. Et le fait que les notions thomistes continuent d’être travaillées aujourd’hui, dans un monde philosophique qui tend à nier la transcendance,  ne sera pas sans conséquences sur les développements à venir de la philosophie politique contemporaine.

Ceux qui ont une bonne connaissance de la philosophie politique médiévale et moderne liront l’ouvrage de la première à la dernière ligne avec grand profit – notamment les études qui portent sur les relations entre Suarez et Spinoza, et sur la réception d’Aristote dans le Moyen Age tardif.. Ceux qui se sentiraient intimidés par une aussi riche matière auront avantage à partir d’un terrain familier en lisant la contribution de Marie-France Renoux-Zagamé sur les conflits suscités par la fameuse question du droit divin des rois, et en étudiant en compagnie de Bernard Bourdin « la théologie de l’autorité politique chez saint Thomas » : étude lumineuse, qui montre comment l’Aquinate ordonne la notion de bien commun, selon sa théologie de la création et dans la perspective chrétienne du salut. Point d’autorité politique légitime qui ne veuille le bien commun – le pouvoir de légiférer appartenant à la multitude ou à la personne qui a la charge du peuple. Sur la genèse de l’autorité, sur les relations entre le pouvoir et le peuple, entre la raison politique et la révélation divine, les fines analyses de Bernard Bourdin effacent les litanies et les clichés qui découragent trop de philosophes, chrétiens ou non, de penser avec Thomas d’Aquin.

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(1) Yves Charles Zarka (sous la direction de) : Aspects de la pensée médiévale dans la philosophie politique moderne, PUF, 1999.

 

Article publié dans le numéro 754 de « Royaliste » – 10 juillet 2000