Des amis qui s’en vont, des militants divisés, des sympathisants désorientés : la crise que traverse SOS Racisme est grave, et attristante.

La démission de Pierre Bergé et de plusieurs autres membres du comité de parrainage de SOS Racisme a révélé la gravité de la fracture provoquée dans ce mouvement par la guerre du Golfe. Motif ? La participation d’Harlem Désir et de son organisation à des manifestations pacifistes au cours desquelles l’extrême gauche traitait Mitterrand d’assassin en omettant de dénoncer les crimes très réels de Saddam Hussein.

Cette erreur tactique, Harlem Désir l’admet aujourd’hui tout en invoquant des circonstances atténuantes. Mais il ne semble pas avoir compris la faute politique initiale qui a été la cause de la déchirure interne : fondée sur une question de société – celle de la lutte contre le racisme – son organisation n’avait pas qualité pour intervenir sur une affaire de politique internationale au même titre qu’une formation politique. Comme l’on fait ses rivaux de « France Plus » avec une rigueur exemplaire, SOS Racisme aurait dû en appeler à l’unité nationale et se mobiliser pour éviter les conséquences fâcheuses de la guerre sur les relations entre les communautés.

Sans doute Harlem Désir peut-il invoquer sa condamnation de l’invasion du Koweït et sa volonté de défendre partout dans le monde la cause des droits de l’homme et celle de la paix. Tel est en effet le souci légitime de tout citoyen. Encore eût-il fallu l’exprimer sans ambiguïté. Puisque SOS Racisme affirme se reconnaître dans le plan de paix français, pour quoi ne l’a-t-il pas soutenu publiquement, par des pétitions et des manifestations de rue ? En se mêlant aux manœuvres des partis d’extrême gauche et de la fraction socialiste animée par Julien Dray, SOS Racisme s’exposait à des compromissions et à des contradictions majeures. Le fait est qu’il n’a pas pu les éviter.

En reconnaissant à chacun la « liberté de militance » quant à la guerre du Golfe, en insistant sur la nécessité de maintenir le dialogue entre toutes les communautés de notre pays, SOS Racisme tente de sortir d’une crise qui n’aurait pas eu lieu si ces deux principes avaient été immédiatement posés. Quant à Harlem Désir, c’est à titre personnel qu’il a adhéré au comité « La Paix maintenant » qui se tient à distance du Parti communiste et de l’extrême gauche dans ses intentions comme dans ses actions. Il n’est, heureusement, jamais trop tard pour bien faire.

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Article publié dans le numéro 552 de « Royaliste » – 11 février 1991