Siméon de Bulgarie est un roi populaire. Roi selon le droit, exilé de sa patrie par les staliniens, il a reçu d’innombrables marques de fidélité et d’une sympathie croissante dès que le peuple bulgare a retrouvé sa liberté. Ces faits nous sont agréables. Ils ne sont pas difficiles à établir.

Les dépêches d’agence, jusqu’à présent ignorées par notre grand quotidien du soir (1), rappellent que le roi Siméon fut accueilli par des centaines de milliers de bulgares lors de son premier retour en 1996. Elles apprennent que cet homme politique en campagne électorale bénéficie du niveau de confiance le plus élevé du pays (63% d’opinions favorables) et que le Mouvement national Siméon II était crédité le 27 avril de 35% des intentions de vote, soit plus du double des intentions exprimées en faveur de la coalition de droite actuellement au pouvoir (18%) et de l’opposition socialiste (16,7%).

Toujours méfiants à l’égard des sondages, nous nous contenterons de dire que ces chiffres indiquent une forte tendance dans l’opinion publique bulgare. Une tendance tellement affirmée que certaines autorités bulgares ont tout fait pour décourager cet homme qui a la faveur du peuple.

Siméon de Bulgarie est un roi entravé mais qui sait rompre les liens par lesquels on tente de freiner sa marche. La Cour constitutionnelle lui a interdit de se présenter à l’élection présidentielle : il a pris la voie parlementaire. Le tribunal de Sofia a refusé d’inscrire son Mouvement pour les élections législatives du 17 juin : il a fait appel devant la Cour Suprême. Celle-ci a entériné le refus, jugé partial par 76% des citoyens. Il n’empêche ! Avec les encouragements du président de la République, d’une grande partie de la presse, de nombreux syndicalistes et des trois-quarts des Bulgares, Siméon II pourra cependant se présenter aux élections grâce à l’appui qui lui est apporté par deux petites formations. Cette volonté paisible, nourrie d’un élan populaire que renforce les obstacles posés sur le chemin du roi, crée une dynamique qui mérite l’attention des princes et la réflexion des royalistes, en France singulièrement.

Siméon de Bulgarie est un roi engagé, mais pas un partisan. Le projet pour lequel il s’engage, c’est la justice sociale, qui commence par la lutte contre la corruption et qui se poursuit par un développement économique conçu et mis en œuvre pour l’ensemble du peuple. Il semble établi que ce projet national transcende les limites partisanes. Ce qui signifie que Siméon II de Bulgarie est en train de démontrer par son action le caractère illusoire du paradoxe qui paralyse certains princes :

Comment prendre part à la vie politique sans ruiner son ambition arbitrale ? En devenant l’homme du rassemblement national, en incarnant le principe de la justice sociale ! Ce qui implique que l’on ne paie pas les citoyens de mots, dans l’attente d’une heureuse conjoncture qui permettrait de parvenir au pouvoir sans rien avoir entrepris. Comme Charles de Gaulle, comme Juan Carlos d’Espagne, le serviteur de tous doit prendre sur lui tous les risques, à commencer par les risques physiques. Siméon de Bulgarie est un roi au courage tranquille.

On dira que ce roi est selon notre cœur. C’est vrai. Mais beaucoup, parmi ceux qui ne partagent pas notre conviction royaliste, estiment déjà ou découvriront bientôt que cet homme d’Etat est nécessaire à son pays, et que la nation bulgare est indispensable à la paix dans les Balkans.

Que les journalistes et les dirigeants politiques français n’oublient pas non plus que Siméon de Bulgarie est un roi francophone et francophile, qui exprime exactement les sentiments, rarement payés de retour, d’un peuple qui aime la France et où l’on compte beaucoup d’amoureux de la langue française.

Pour la Bulgarie éprouvée, le roi Siméon peut être salutaire. Pour l’Europe qui se cherche, il est une figure d’espoir. A ceux qui glosent sur la fin du politique et sur l’impuissance des hommes d’Etat, il jette un magnifique défi.

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(1) Au moins jusqu’au 6 mai, pas un article sur le roi Siméon, sa popularité et les manœuvres anti-démocratiques dont il est victime, pas une ligne dans Le Monde, phare de l’information, gardien vigilant des droits de l’homme et du citoyen, universel donneur de leçons démocratiques.

 

Editorial du numéro 772 de « Royaliste » – 14 mai 2001