Trois spécialistes publient sur les services secrets une somme qui explique, à l’opposé des fantasmes courants, leur organisation, leurs moyens, leurs méthodes, leur évolution et les relations complexes qu’ils entretiennent avec le pouvoir politique.

Roger Faligot, Jean Guisnel et Rémi Kauffer se sont entretenus avec les principaux acteurs de cette longue histoire – à commencer par Jacques Soustelle et le colonel Passy puisque tout commence avec le BCRA. Ils ont lu des milliers de documents confidentiels, recoupé d’innombrables éléments, dissipé bien des rumeurs pour, enfin, publier cette histoire des services secrets (1) riche en révélations mais surtout en analyses et en descriptions techniques.

Brouillées par le cinéma et par les romans d’espionnages (2), nos opinions et impressions sur les services secrets sont souvent datées : les références courantes remontent à la décolonisation et à la guerre froide alors que nous sommes entrés voici une vingtaine d’années dans un autre monde. Les techniques ont changé – pensons aux satellites de plus en plus performants – l’organisation du renseignement et de l’action extérieurs a été profondément modifiée et, surtout, les adversaires ne sont plus du tout les mêmes : après les Soviétiques, ce sont les réseaux terroristes islamistes, les guérillas djihadistes, les espions économiques qui menacent notre pays. Deux données ne changent pas :

–         Les services français (DGSE, Direction du Renseignement militaire) doivent développer une activité mondiale, car leurs observations et leurs actions sont requises, à des degrés divers, sur tous les continents.

–         Les relations entre ces services et l’autorité politique est complexe, parfois conflictuelle et dépend de l’attitude – et des préjugés – du président de la République. Certains méprisent les services, d’autres ignorent leurs avertissements, quitte à leur reprocher de n’avoir rien vu venir !

Bien entendu, les services commettent des erreurs et subissent des échecs mais ils demeurent indispensables à la prise de décision politique, à la protection du territoire national  – car il faut une défense de l’avant – et à la préservation de nos intérêts à l’étranger. Ne l’oublions pas : plus de deux  cents agents – leurs noms sont publiés à la fin du livre mais la liste est incomplète – sont morts au service secret de la France entre 1945 et 2012.

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(1) Roger Faligot, Jean Guisnel, Rémi Kauffer, Histoire politique des services secrets français de la seconde guerre mondiale à nos jours, La Découverte, 2012.

(2) Pas tous ! Les « SAS » de Gérard de Villiers sont parfois recommandés par les diplomates et valent souvent mieux que les articles de certains « grands » journalistes parisiens.

 

Article publié dans le numéro 1028 de « Royaliste » – 2013 4 février