Très actif dans tous les domaines depuis son installation à Belgrade, le prince Alexandre multiplie les interventions publiques depuis l’aggravation de la crise politique en Serbie.

Une troisième élection présidentielle invalidée faute d’un nombre suffisant d’électeurs en novembre, des élections législatives (le 28 décembre) qui se préparent dans une période de décomposition politique et d’écœurement généralisé : la Serbie est entrée dans une nouvelle crise politique, gravissime (1).

A Belgrade, le prince Alexandre de Yougoslavie et la princesse Catherine sont libres de manifester, depuis la chute de Sloboban Milosevic, leur très active présence dans tous les domaines de la vie nationale : leur souci est d’apaiser les conflits, de rassembler les énergies dans un souci d’unité, de plaider par leurs initiatives en faveur du développement économique et du progrès social dans leur patrie terriblement traumatisée et appauvrie.

Le prince Alexandre a intensifié son action depuis la mi-novembre. Pour lui, la question primordiale est celle de la stabilité institutionnelle comme il l’a déclaré le 20 novembre au quotidien « Vecernje novosti » : c’est cette stabilité qui garantit la sécurité – condition indispensable de la vie démocratique et du progrès dans tous les domaines.

Face au chaos, le prince Alexandre n’hésite pas à proposer en termes très directs le régime politique qu’il a été préparé toute sa vie à servir et à incarner – lui qui se présente comme « le descendant de ceux qui ont fièrement créé ce pays avec leur peuple et pour le peuple». Il va sans dire qu’une monarchie démocratique ne saurait être imposée. Dans un entretien accordé le 23 novembre au magazine « Dnevnik » de Novi Sad, le prince précise que la ré-instauration de la monarchie suppose que le parlement démocratiquement élu soit réuni et qu’une constitution soit adoptée. Ceci en référence aux monarchies démocratiques qui existent dans l’Union européenne, mais aussi au Canada, au Japon, à l’Australie – tous pays où le monarque règne afin de maintenir l’unité et la continuité dans le respect de toutes les religions et de toutes les ethnies, et où le gouvernement, démocratiquement élu, gouverne.

De nombreux journaux quotidiens ont reproduit les déclarations du prince Alexandre : ainsi “Balkan”, “Politika”, “Blic”, et fait écho à la lettre du patriarche Pavle qui, au nom de l’Eglise serbe, s’est prononcé pour une monarchie constitutionnelle.

Très remarqué aussi, l’article publié le 5 décembre dans le magazine « Nin » par un académicien, M. Matija Beckovic qui situe la question de la monarchie au-delà des polémiques entre monarchistes et anti-monarchistes : à la veille du deuxième centenaire de l’avènement de la dynastie des Karageorgevitch – renversée par un coup de force communiste, donc dans des conditions d’illégalité manifeste – observe-t-il en substance, la Serbie n’a plus de gouvernement, de parlement, de président de la République, ni même de drapeau. Aussi, la ré-institution de la monarchie royale apparaît-elle comme le  moyen pour le peuple de retrouver une identité qu’il a perdue et de redonner un point d’équilibre à la vie politique car il est littéralement insensé de se situer à la droite ou à la gauche du centre quand le centre a disparu.

Pour les Serbes, le choix capital n’est pas entre la république et la monarchie, ni entre divers partis politiques : il s’agit d’échapper à l’alternative funeste entre la tyrannie et le néant, au néant qui suit la tyrannie, à la nouvelle tyrannie qui risque de surgir du chaos. La monarchie représente cette issue possible, dans le lien renoué avec la fondation de la Serbie comme royaume.

A en croire les réactions à un récent débat télévisé sur la chaîne publique RTS, le projet monarchique semble rencontrer un large écho dans la population serbe.

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(1) Cf. l’éditorial du numéro 827 : « Crise en Serbie ».

 

Article publié dans le numéro 828 de « Royaliste » – 22 décembre 2003