Dans le milieu dirigeant, chacun devient tour à tour victime et bourreau. Il n’est plus possible d’enrayer la mécanique de la vengeance, dont les conséquences seront politiquement meurtrières.

Il faudrait un événement inouï pour que nous sortions de notre réserve, quant à la succession des scandales qui secoue les diverses fractions de l’oligarchie. Ceci pour plusieurs raisons :

– Le discrédit des principales personnalités politiques conduit à une perte générale de confiance en la démocratie.

– Nous n’en savons pas plus, quant aux affaires en cours, que ce qui est raconté dans la presse dite d’information.

– Ce que nous savons sur les abus et sur les malversations de hauts personnages qui prennent actuellement des poses vertueuses contribuerait à augmenter, dans la population, une défiance qui est grosse de dangers.

– Il arrive que des décisions de justice atténuent considérablement le rôle de certains personnes qui étaient, voici peu encore, livrés pendant des mois ou des années à la vindicte populaire.

Ainsi Roland Dumas : celui qui fut l’objet d’une chasse à l’homme que nous avions été bien peu à dénoncer a récemment changé de statut : bouc émissaire chargé de toutes les malversations liées à l’affaire Elf, l’ancien ministre des Affaires étrangères (1) est devenu, aux yeux des médias, témoin à charge dans l’affaire des frégates de Taïwan.

Les journalistes qui ont répandu des allégations calomnieuses et jeté sur la place publique des affaires strictement privées ne se soucient pas une seconde des conséquences psychologiques de leur acharnement pour les victimes et pour leur proches. La meute est sur la piste d’autres gros gibiers.

Ces comportements ne doivent pas inciter à fermer les yeux sur les mensonges de Lionel Jospin, taupe de l’OCI, et sur l’usage immodéré de billets de banque par Jacques Chirac. Mais les remarques désagréables que l’on peut faire dans l’un et l’autre cas doivent être tempérées par une observation générale : chaque camp utilise contre l’autre les effets de règlements de comptes qui ont lieu à l’intérieur des clans.

C’est Roland Dumas, mitterrandiste fidèle, qui accable publiquement Elisabeth Guigou, mitterrandiste passée au jospinisme. Ce sont les basses manœuvres des partisans d’Edouard Balladur, qui sont à l’origine de l’affaire de l’Hôtel de Ville qui embarrasse tant le président de la République. C’est Philippe de Villiers qui témoigne à charge contre Charles Pasqua. Ce sont des journalistes de gauche qui ont révélé le passé trotskiste de Lionel Jospin.…

Tous sont désormais emportés par la logique de la vengeance, que rien ne pourra arrêter. Ce sont des hommes perdus de réputation qui se présenteront dans un an devant les électeurs. Les conséquences sont encore incalculables. Mais elles seront inévitablement désastreuses.

 

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(1) Récemment condamné au pénal, Roland Dumas a fait appel. Nous aurons donc l’occasion de revenir sur son procès.

 

Article publié dans le numéro 776 de « Royaliste – 2 juillet 2001