Depuis 1958, le débat sur la constitution de la Ve République n’a pas cessé de tourner autour de la même question : s’agit-il d’une constitution présidentielle ou demeure-t-elle parlementaire, et dans quel sens convient-il de l’infléchir ? Docteur en droit et auteur d’une thèse sur « L’institution de la monarchie dans l’esprit de la Ve République », M. Dominique Decherf a voulu dépasser cette problématique, et poser la question du fondement de la « République gaullienne ».

Le titre de l’ouvrage indique clairement le sens de la réflexion : si la Ve République demeure « républicaine » dans la lettre des textes, le souci du général de Gaulle et le fondement des institutions sont monarchiques. L’idée a pu paraître provocatrice au moment où M. Decherf soutenait sa thèse. Elle apparaît aujourd’hui prémonitoire, depuis que les Mémoires du comte de Paris ont révélé l’essence monarchique de la réflexion et de l’action du fondateur de la Ve République.

Il ne saurait être question, en ce bref article, d’analyser en détail cet ouvrage très savant, fondé sur une connaissance approfondie des mécanismes juridiques, des principaux théoriciens du droit et des principes fondamentaux de la Couronne britannique.

Si l’étudiant en droit et le spécialiste de droit constitutionnel ont tout intérêt à lire cette étude la plume à la main, le non-juriste retirera un grand profit des chapitres consacrés à la légitimité, au mode de fonctionnement de la Ve République, et aux rapports entre le Président et les partis. M. Decherf montre en effet comment l’idée de légitimité s’est perdue dans la religion de la Loi, comment les Français l’ont retrouvée à travers les crises récentes et grâce au général de Gaulle.

Par-delà les discussions sur la « nature » présidentielle ou parlementaire de la Constitution, c’est l’idée de légitimité qui se trouve au fondement de la Ve République et qui en éclaire tout le dispositif juridique : en particulier le rôle et les prérogatives respectives du Président et du Premier ministre, les modalités de l’élection présidentielle et surtout le souci d’unité que M. Giscard d’Estaing exprime encore dans ses discours -mais malheureusement pas dans ses actes. C’est également ce souci d’unité qui explique la conception gaulliste du parti : celle d’un « parti des politiques » qui serait celui de l’unité du pays.

Au terme de cette remarquable réflexion, M. Decherf montre que le pouvoir monarchique restauré dans la Ve République doit devenir héréditaire pour se maintenir, la « monarchie royale » venant non pas abolir le caractère républicain mais l’accomplir… Il resterait donc, selon M. Decherf, à « royaliser » la présidence. Souhait qui rejoint notre propre espérance.

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D. Decherf -L’institution de la monarchie dans l’esprit de la Ve République L.G.D.J.-Paris 1979.

Article publié dans le numéro 302 de « Royaliste – 1er novembre 1979