Roland Dumas, renvoyé en correctionnelle, a démissionné de ses fonctions de président du Conseil Constitutionnel. Présumé innocent, il a été déclaré coupable par le haut tribunal journalistique. Faut-il laisser dire et faire ?

C’est ce qu’on appelle l’effet de meute : un personnalité soupçonnée de malversations est l’objet de la vindicte médiatique s’il a le malheur d’être politiquement isolé. S’il continue d’être protégé par son parti, les chiens de classe se tiendront tranquilles.

Malheur aux vaincus ! Sous le discours compassionnel, c’est toujours la même brutalité cynique qui prévaut. Malheur à Michel Noir, membre du RPR en rupture de ban. Malheur à Edith Cresson, marginale dans son parti. Et malheur à Roland Dumas, resté fidèle à François Mitterrand.

Il ne s’agit pas de défendre Roland Dumas, au nom d’une solidarité « mitterrandiste » étrangère à l’affaire puisque Edouard Balladur, Alain Juppé et Philippe Séguin ont publiquement exprimé leur sympathie pour l’ancien ministre des Affaires étrangères. La question est de savoir si la présomption d’innocence continue à exister dans notre pays. La question est de savoir si quelques journalistes parisiens peuvent s’ériger en gardiens de la morale et en justiciers, et désigner à l’opinion publique les boucs émissaires de la semaine, du mois ou de l’année.

Quant aux opérations vengeresses, on remarquera que Dominique Strauss-Kahn, qui a reconnu avoir fabriqué de faux documents, fait toujours l’objet d’une très haute considération. Au contraire, on continue à s’acharner contre Roland Dumas alors que les principales accusations lancées contre lui ont été abandonnées après deux années d’enquête acharnée.

Ceux qui répétaient qu’il n’y avait pas de fumée sans feu n’ont toujours pas trouvé le moindre foyer de corruption. Roland Dumas n’est pas poursuivi pour avoir reçu de l’argent d’Elf  par l’intermédiaire de Christine Deviers-Joncour. Il n’est pas poursuivi pour avoir favorisé la vente de frégates à Taiwan puisqu’il a signifié par écrit son opposition constante à cette vente – même lorsque François Mitterrand y devint favorable.

En fait, Roland Dumas va être jugé pour « complicité et recel d’abus de biens sociaux » parce qu’il a fréquenté un appartement acquis dans des conditions douteuses et parce qu’il aurait  reçu des cadeaux achetés avec des fonds d’Elf…

Etranges accusations. Si Roland Dumas est reconnu coupable, tous les responsables politiques le sont car aucun d’entre eux n’a jamais vérifié l’origine des fonds servant à payer telle invitation à déjeuner, tel voyage en avion privé, ou à financer l’achat de la propriété dans laquelle il était invité à venir se reposer.

Pour sortir de l’hypocrisie, il faut que la justice s’intéresse aux conditions de vie et aux fréquentations de Lionel Jospin, de Martine Aubry, de François Hollande. Sinon, qu’on laisse au moins Roland Dumas préparer sa défense en toute tranquillité.

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Article publié dans le numéro 746 de « Royaliste » – 20 mars 2000