Certains nous imaginent écrasés par les défaites de ces six derniers mois. Le passage à l’euro a été une réussite, à l’encontre de nos souhaits. Jean-Pierre Chevènement a échoué dans sa tentative et la Nouvelle Action royaliste a dû quitter le Pôle républicain en raison d’un changement de ligne inacceptable et désastreux. Pour couronner le tout, si je puis dire, ne sommes-nous pas nous mêmes les témoins consternés de mésaventures dérisoires, de propos grotesques et de règlements de comptes misérables – là où il devrait y avoir reprise de l’histoire ? C’est à désespérer Billancourt, Paris, Orléans, Beaugency, et bien d’autres villes de France où militent nos camarades et amis.

Pourtant, chez les royalistes, l’atmosphère n’est pas aux funérailles des illusions perdues. On n’enterre pas ce qu’on n’a jamais fait naître ni cultivé. Tous les combats que nous avons menés depuis plus de trente ans ont été difficiles, et nous n’avons pas l’habitude de chercher à rafler la mise sur un coup de dés. Des récentes batailles, jeunes et vieux militants sortent avec une cohérence renforcée. Elle tient pour beaucoup à celles et ceux qui ne partagent pas nos espérances royalistes et qui nous apportent leur généreux soutien. Et si nous avons marqué l’arrêt pendant la campagne des législatives, notre pugnacité est intacte.

Obstination sectaire ? Délire interprétatif ? Simple orgueil ? Bien des mots peuvent être tirés des dictionnaires de psychanalyse et du lexique des pathologies collectives et nous écoutons volontiers ceux qui nous entretiennent de la gravité de notre cas. Cela ne nous empêche pas de faire le point sur nos campagnes.

La prétendue monnaie européenne ? Elle se traduit par une hausse de prix de produits courants, qui frappe surtout les classes moyennes et populaires. Les médias qui présentaient un « passage » rapide et enthousiaste évoquent maintenant la perte des repères d’une grande partie de la population – si bien que le double affichage sera maintenu jusqu’à la fin de l’année. Et nous n’avons pas encore subi les conséquences de l’ « euro fort » désiré par les milieux financiers. Contre l’idéologie monétariste et le système monétaire qui nous est imposé, le combat doit continuer.

L’échec de Jean-Pierre Chevènement ? Il s’est accompagné, quoi qu’en dise l’ancien candidat, d’une victoire qui n’était pas du tout assurée : la mise hors jeu de Lionel Jospin, chef des hypocrites, expert en double langage, qui met en pleine lumière le néo-libéralisme à l’anglo-saxonne de Laurent Fabius et Dominique Strauss-Kahn.

Dans le camp des oligarques, la défaite de la tendance libérale-sociale laisse le champ libre aux ultra-libéraux ? Certes. Mais La Fontaine nous manque pour écrire la fable de maître Chirac, grenouille à 20% devenu, en l’espace d’une quinzaine, dinosaure à 80% ! Fidèle à lui-même, l’homme a déjà gâché son étrange victoire et Jean-Pierre Raffarin, jetant le masque, apparaît comme le petit télégraphiste du Medef.

Jamais l’opposition radicale entre les oligarques et le parti majoritaire des mécontents et des révoltés n’a été aussi claire. Naufrage de l’Argentine, faillite d’Enron, scandale Worlcom, situation désastreuses de Vivendi Universal, d’Alcatel, de France Télécom : jamais les preuves de la malfaisance de la dérégulation ultralibérale n’ont été aussi évidentes.

Nous sommes dans une situation pré-révolutionnaire. Il faut, pour la faire aboutir pacifiquement, un mouvement politique et patriotique. Le Pôle républicain a au moins démontré qu’un très large rassemblement était possible. Nous souhaitons que tous ceux qui y ont participé en préservent l’esprit et demeurent ensemble pour préparer l’action à venir. Gaullistes, royalistes, socialistes patriotes et communistes peuvent et doivent maintenir leur fonction critique, quant aux oligarques français et européens, quant à l’hégémonie américaine. Ils ont à développer leur fonction prospective, quant à la renaissance effective du Politique, quant à la construction de l’Europe de l’Atlantique à l’Oural. Ils ont surtout pour tâche, difficile et urgente, de prendre une part active aux luttes sociales qui s’annoncent. Vaste projet – celui de la renaissance.

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Editorial du numéro 798 de « Royaliste » – 1er juillet 2002