Le médiocre résultat de Jacques Chirac, l’éviction de Lionel Jospin, l’ascension spectaculaire de Jean-Marie Le Pen, les millions de suffrages qui se sont portés sur les candidats trotskistes et le score honorable obtenu par Jean-Pierre Chevènement portent condamnation de l’ensemble de la caste dirigeante.

Condamnation attendue et justifiée. Depuis dix ans, les deux équipes rivales au sein de l’oligarchie ont confisqué le pouvoir politique, reporté les prises de décisions dans les organismes européens, refusé de consulter le peuple français sur des abandons décisifs de souveraineté, placé la France sous l’égide du gouvernement américain, engagé l’armée française dans deux guerres sans autorisation du Parlement, organisé la liquidation du patrimoine industriel et financier de la nation, entrepris la privatisation de nos services publics et livré les habitants de notre pays au grand patronat prédateur et à la spéculation financière.

Hypocrisies en tous genres, double langage, mensonges éhontés et manipulations statistiques ont couvert l’adhésion intéressée à l’idéologie ultra-libérale et le consentement au laisser-faire. Pire : Jacques Chirac et Lionel Jospin se sont efforcés de persuader les Français qu’ils n’avaient pas le choix, que plus rien n’était possible et qu’ils étaient eux-mêmes impuissants devant le marché global.

Le président de la République, pratiquant la générosité d’apparence, a offert sa protection aux habitants apeurés par la petite délinquance dans des quartiers populaires où règnent le chômage et la précarité – alors que Jacques Chirac est le premier porte-parole des organisations patronales qui tirent profit de l’exclusion sociale.

Le Premier ministre a enseigné la résignation comme ceux qui, avant la guerre, furent des professeurs de trahison : pas d’autre attente que celle d’un mouvement heureux de la conjoncture internationale, pas d’autre espoir que la solidarité des « simples gens » à l’égard des plus pauvres parmi eux, pas d’autre salut que les prestations distribuées pai l’infirmerie sociale.

La campagne électorale pour le premier tour fut le triste résumé de ces pratiques, accompagné de promesses que les deux oligarques ne pouvaient tenir puisque les décisions déjà été prises lors des sommets de Lisbonne et de Barcelone venaient contredire leur programme.

Par ses fonctions, Lionel Jospin était plus exposé que Jacques Chirac. L’éviction inattendue du candidat « moderne » est d’une brutalité proportionnelle à celle des dégâts commis. En se retirant de la vie politique, ce chef médiocre et timoré abandonne son état-major en pleine déroute et laisse des militants dans le désarroi. Nous ne plaindrons pas les dirigeants socialistes : François Hollande, Dominique Strauss-Kahn et Martine Aubry portent la responsabilité d’une défaite qu’ils ont provoquée par leurs abandons et leurs reniements délibérés. Cette défaite est totale car elle marque aussi la fin de l’idéologie libérale-libertaire et le naufrage de la prétendue « génération morale » qui s’est acharnée contre l’État, contre la nation, contre le Politique en tant que tel.

Les suffrages qui se sont portés sur le nom de Jean-Marie Le Pen ne sont pas méprisables : ils expriment la colère de millions de Françaises et de Français humiliés, appauvris, apeurés, indignés par la corruption du milieu dirigeant ; ils disent une immense détresse matérielle et morale. Mais ce vote est celui du désespoir car Jean-Marie Le Pen est un démagogue qui exploite une situation de détresse sans avoir les moyens d’y remédier. Comme l’autrichien Jorg Haider, il abandonnera ses électeurs à leur désarroi.

Depuis plus de trente ans, nous luttons contre le racisme et la xénophobie. Depuis dix-huit ans, nous dénonçons l’imposture du national-populisme. Nous appelons donc au rejet de Jean-Marie Le Pen, lors du second tour de l’élection présidentielle. Mais au lendemain de la victoire attendue de Jacques Chirac, nous reprendrons le combat contre l’homme qui, au mépris de son devoir d’État, a saccagé la Constitution et aliéné l’indépendance de la nation.

Sans attendre le 5 mai, nous entrons immédiatement en cam pagne au sein du Pôle républicain selon la ligne indiquée au soir du 21 avril par Jean-Pierre Chevènement : « défendre la souveraineté nationale, l’indivisibilité de la République, l’autorité de la loi égale pour tous, le maintien du service public et la revalorisation du travail ».

Nous continuons le combat, jusqu’à la victoire.

Le Comité Directeur de la Nouvelle Action Royaliste

Déclaration publiée dans le numéro 793 de « Royaliste » – 29 avril 2002