Extrême médiocrité de la réflexion et du débat dans les grands partis politiques. Infantilisme des plans de communications des présidentiables. Polémiques vaines sur « les banlieues », la délinquance, l’immigration…

Nous serions démoralisés si nous perdions de vue les mouvements de fond : le rejet du « traité constitutionnel » et la bataille contre le CPE sont deux défaites majeures de l’ultralibéralisme, marquent un changement d’époque et annoncent, pour le meilleur ou pour le pire, une révolution.

L’oligarchie française a perdu la guerre et nous voyons ses hommes tomber les uns après les autres ou s’accrocher désespérément à quelques bribes de pouvoir. L’affaire Clearstream, l’affaire Vinci, l’affaire EADS montrent à tous les citoyens la déchéance d’une caste prise au piège de la volonté de puissance et de l’enrichissement sans mesure.

Le temps n’est plus à la colère et la phase de stricte résistance est dépassée. Pour assurer la victoire des prochaines offensives, et les placer enfin sur le terrain politique, il faut former au plus vite les nouvelles élites que nous trouvons et trouverons dans les jeunes générations et parmi les nouveaux venus – de tous âges, origines et conditions – à la politique.

C’est en songeant à eux que je propose six règles pour l’action, en rupture avec les pratiques courantes.

1/ Commencer par une intense formation politique et l’approfondir tout au long de son engagement civique. Histoire, philosophie politique, droit public, économie politique, sociologie : quel que soit son bagage scolaire et ses activités professionnelles, il faut travailler comme auditeur libre de cours et de séminaires universitaires ou dans le cadre d’universités populaires qu’il importe de développer. Contre le « pragmatisme » et les faux-semblants du « réalisme », toute action politique doit être justifiée par une argumentation solide. La gauche s’est perdue parce qu’elle ne pensait plus. La droite se perdra pour le même motif.

2/ Nouer des alliances selon ses propres principes, non par calcul électoral à court terme et par souci inavoué de rentabilité. La raison politique se détruit dans les manœuvres tactiques et les arrangements financiers. Mieux vaut attendre longtemps sur les marges que mourir étouffé par les gros appareils politiciens. Ainsi, les Verts qui agonisent après avoir sacrifié leurs vagues idées au jeu des apparences médiatiques et des plaçous concédés par les oligarques.

3/ Etablir le rapport du faible au fort sur le refus de tout compromis, selon l’exemple magistral donné par le général de Gaulle pendant la guerre. On passe des compromis quand on dispose de la puissance, sinon on entre dans le jeu des compromissions mortelles. Beaucoup considèrent que cette attitude est orgueilleuse ou suicidaire. Elle est au contraire dictée par la volonté de survivre de telle manière qu’on puisse se donner librement les moyens de la victoire.

4/ Proclamer ses objectifs et les hiérarchiser publiquement. Cela signifie que l’on doit publier un programme de gouvernement débarrassé de tout le verbiage technocratique qui masque les ambiguïtés annonciatrices de renoncements immédiats. Une candidature « moderne » est aussi insignifiante que le « socialisme proche du réel » de Ségolène Royal. En d’autres termes, il faut refuser le ciblage de clientèles en fonction des sondages dont l’examen doit être banni. Pour discerner les mouvements complexes de l’opinion publique, il faut apprendre à compter : combien de votes blancs à une élection présidentielle, combien de manifestants dans les rues…

6/ Entrer dans la lutte politique et dans la lutte de classes sans tenir compte des « grands éditorialistes » et en désertant les tribunes médiatiques. La télévision telle que nous l’avons connue est en train de mourir, les quotidiens nationaux asservis aux financiers sont au plus mal et l’information produite par ce système est dévaluée.

L’oligarchie sera vaincue par ce qu’elle ne peut contrôler ni acheter : la force de conviction, la rigueur militante et, surtout, l’adhésion populaire qui lui fait de plus en plus défaut.

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Editorial du numéro 885 de « Royaliste » – 2006