Saluée comme une grande victoire de l’Europe par les médias, le réajustement monétaire du lundi 21 mars n’est qu’un compromis médiocre, sans utilité aucune pour la France.

D’abord on avait espéré. Jacques Delors parlait le langage de la fermeté, insistant pour que les Allemands réévaluent leur mark et menaçant même de faire sortir le franc du système monétaire européen. Las ! Au terme d’une longue négociation, on apprenait que le mark était réévalué de 5,5% et le franc dévalué de 2,5%. Cela signifie que le gouvernement a accepté un compromis qui ne nous avantage en rien ; en choisissant une très faible dévaluation au nom de la prétendue solidarité européenne, les dirigeants français ont renoncé à donner à l’économie nationale le coup de fouet dont elle avait besoin.

Pour bien comprendre notre déception, il faut se souvenir que la dévaluation est une technique qui permet de favoriser les exportations et de décourager les importations, et non une mesure humiliante, moralement condamnable, qui, comme trop de Français le pensent, entraîne une diminution du pouvoir d’achat sur le marché intérieur. Mais si l’on décide de dévaluer, il faut le faire franchement, ce que le gouvernement n’a jamais osé faire : 3% en octobre 1981, 5,75% en juin 1982, 2,5% en mars 1983, ces mesures timides ne peuvent réduire le déficit de notre commerce extérieur comme on l’a précédemment constaté. Ce déficit n’étant pas tolérable, il va falloir mener une politique de « rigueur » qui se traduira très probablement par une baisse du pouvoir d’achat. Une fois de plus, par timidité, et par crainte de déplaire à nos voisins, le gouvernement mécontentera les Français sans être pour autant assuré de revenir à l’équilibre commercial.

Parce qu’ils continuent d’inscrire leur action dans le cadre du libéralisme international, parce qu’ils semblent préférer la « solidarité européenne » à la solidarité nationale, parce qu’ils négligent de poser la question du système monétaire international, les socialistes ne cessent d’aller au-devant de difficultés qui, s’accumulant, risquent de se transformer en échec cinglant. Une autre politique était pourtant possible, que « Royaliste » n’a cessé de suggérer :

— dévaluer massivement (20%) dès le mois de mai 1981 ou la semaine dernière puisqu’on ne s’y était pas résolu au début du « changement », afin de renforcer réellement la crédibilité de notre économie.

— protéger sélectivement les secteurs éprouvés par la concurrence extérieure afin de poser les conditions de la reconquête du marché intérieur.

— relancer l’économie par le développement de la demande des ménages afin de stimuler l’industrie, préalablement protégée pour que l’augmentation de la demande ne favorise pas les importations.

— dès lors la ponction du pouvoir d’achat devenait inutile puisqu’une dévaluation «de combat» réduit automatiquement la demande de produits importés. En refusant cette politique globale, le gouvernement accumule les inconvénients, sans en tirer aucun avantage :

— Il s’achemine peu à peu vers le taux de dévaluation qu’il refusait au départ, avec les inconvénients psychologiques et politiques des dévaluations à répétition.

— Il risque d’être contraint à une réduction globale du pouvoir d’achat des ménages.

— Il ne décourage que très mollement les importations.

— Il rend très difficile la reconquête du marché national et le développement industriel de la nation. Si c’est cela le socialisme, à quoi bon le « changement » ?

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Article publié dans le numéro 379 de « Royaliste » – 31 mars 1983