Les élections régionales et cantonales n’auront aucune portée mais les résultats ne seront pas dépourvus de sens. Le nombre des voix protestataires, au premier tour, et le taux global d’abstention, au second, permettront de mesurer avec précision l’ampleur du rejet qui frappe les oligarques de droite et de gauche.

Le reste n’est que mauvaise littérature. Les Français, dans leur très grande majorité, ne s’intéressent guère aux structures régionales et au personnel politique qu’elles abritent. Qu’on n’en déduise pas que les Français se détournent de la politique :  comment les partis dominants peuvent-ils nous faire croire qu’ils se dévouent au développement régional alors qu’ils prennent les exécutifs régionaux pour des bureaux de placements et des officines de financement ? En Ile-de-France, le pacte de corruption portant sur le marché des lycées implique les principaux partis français et aboutit au renvoi en correctionnelle de quarante-sept responsables des partis chiraquien et socialiste. Ce n’est qu’un exemple, parmi tous les scandales engendrés par un usage mafieux de la décentralisation.

Les élites déchues et leur domesticité médiatique ne sauraient donc s’étonner des votes de défoulement, lorsque les intérêts généraux du pays ne sont pas en jeu. Or le ralliement de la droite et de la gauche à l’ultra-libéralisme, par facilité plus que par principe, prive le peuple français de débats et de projets politiques.

Quand les oligarques répètent sur tous les tons que « nous n’avons pas le choix », ils énoncent une fausse fatalité (d’autres politiques économiques ont été et demeurent possibles) et désespèrent le suffrage universel : on vote contre la droite ou contre la gauche, contre l’extrême droite ou contre l’oligarchie en sachant que, de toutes manières, les voix ne servent qu’à répartir les pouvoirs (et les prébendes induites) à l’intérieur d’une sorte de club anglais fréquenté par des truands bien élevés – qu’on reconnaît à leurs costumes bleus, roses ou verts.

Les protestataires d’extrême droite et les contestataires d’extrême gauche ne sont pas moins désespérants. Jean-Marie Le Pen et sa famille ne disent plus grand chose ; ils se contentent de gérer un capital de voix qui augmente ou diminue au gré de la conjoncture. Cela suffit à leur confort bourgeois qui est à l’opposé d’une attitude fasciste.

Les trotskystes ont quant à eux moins besoin de la fausse menace national-populiste depuis qu’il puisent dans le vivier altermondialiste : là encore on gère un capital revendicatif, sous couvert d’utopies généreuses que personne n’a jamais songé à mettre en pratique, hors de quelques phalanstères vite dispersés. Si des millions de voix se portent sur les rouges ou sur les blancs, c’est que tout le monde à compris que Jean-Marie Le Pen et sa fille, Alain Krivine et son gendre Besancenot, Arlette Laguiller et ses amis ne veulent surtout pas du pouvoir politique. Comme les oligarques qu’ils récusent, ils ont besoin d’un potentiel électoral afin d’obtenir des positions d’influence.

A lire ce résumé banal de ce que nous avons dit cent fois, peut-on nous reprocher de cultiver un pessimisme radical au nom d’une pure idée du Politique ?

Certainement pas !

Selon les principes affirmés dans le Préambule de 1946 (1) nous travaillons à la définition d’un programme de gouvernement qu’une pratique gaullienne de la Constitution permet de mettre en œuvre sans délai.

Ce programme est destiné à répondre aux attentes des Français qui manifestent de toutes les manières possibles (par centaines de milliers dans les rues, par millions dans les urnes) leur refus du système ultra-concurrentiel qui leur est imposé.

Une formation démocratique organisée en vue de la prise du pouvoir est nécessaire au rassemblement des patriotes révolutionnaires aujourd’hui dispersés – l’expérience manquée du Pôle républicain ayant montré qu’un tel rassemblement était possible.

Ce n’est pas la passion politique qui fait défaut en France, ni les énergies militantes, ni l’absence de projets de reconstruction pour la nation et pour l’Europe – mais celui ou celle qui sera capable d’indiquer le chemin et de le suivre jusqu’au bout.

Un seul être nous manque…

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(1) l’éditorial du numéro 819 (« Les principes de 1946 »).

 

Editorial du numéro 834 de » « Royaliste » – 1er mars 2004