L’éditorial de Royaliste (N° 1074) confié à François Villemonteix relève à la fois de la profession de foi et de la pétition de principe. Toujours le même discours confiant sur les travaux du GIEC. Hors du GIEC il n’y a point de réflexion possible. GIEC dixit. Cette position dogmatique qui m’avait conduit voilà quelques mois, dans le courrier des lecteurs de Royaliste et le blog de Bertrand Renouvin, à manifester une attitude réservée voire critique quant à la pertinence des travaux du GIEC. D’où parlez-vous, pourrait-on me demander, pour émettre de tels avis ? Tout simplement de la position d’un honnête homme, comme l’on disait jadis, qui entend exercer sa légitime liberté de jugement. Cette liberté de jugement qui nous est donnée par notre capacité d’appréhender le sens des choses autrement dit le réel, ce que les Grecs appelaient l’amour de la sagesse et qui va au-delà de la connaissance experte.

J’entends compléter ma réflexion. Il n’est pas question de se livrer à un acharnement sur le GIEC, là n’est pas le propos. Ce groupe d’experts ne mérite pas plus d’être diabolisé que révéré comme porteur de la vérité révélée. Il s’agit d’exercer notre capacité de discernement à partir des éléments qui sont soumis à notre intelligence. Remettons les choses en perspective. La structure hybride du GIEC de politique et de science est déjà en soi un élément pouvant produire des sujets à caution quant à l’orientation des conclusions et ce quelle que soit la tendance adoptée, optimiste comme pessimiste, à l’égard de l’évolution du climat. Pour information, rappelons que le GIEC a été créé en novembre 1988 à la demande du G7. Cette décision a été fortement encouragée par Ronald Reagan et Margaret Thatcher afin d’éliminer une prise en main des questions climatiques par une agence de l’ONU suspectée de militantisme écologique. L’activité principale du GIEC est de remettre des rapports provenant des différents experts consultés (évolution du climat, impact sur l’environnement, niveau du CO2 et ses conséquences, etc…) pour éclairer les gouvernements sur les conduites à tenir. Il n’a pas pour vocation à être un laboratoire de recherches et ne publie pas ses travaux dans les revues scientifiques. Le GIEC est un groupe intergouvernemental comme l’indique son sigle. L’influence des gouvernements n’y est jamais absente ne serait-ce que par la présence de fonctionnaires des états représentés qui n’ignorent pas qu’économiquement d’importants intérêts financiers sont dépendants des orientations prises par le GIEC. Le but du GIEC est de parvenir à un consensus sur les origines de l’évolution du climat. Cette volonté du consensus ne va pas sans dissimuler du conformisme, du suivisme à l’égard de la doxa scientifique du moment. Cette dernière n’est pas inopérante. Imaginons que le GIEC ait existé dans les années 1970, la doctrine de l’époque était à la prédiction pour les décennies à venir d’un refroidissement de la planète. Le consensus conduit aussi les rapporteurs à réduire, à interpréter ou réinterpréter la portée de certaines communications perçues comme non conformes à la pensée dominante ou contraires aux intérêts de tel ou tel pays représenté. D’où le retrait de certains scientifiques supportant difficilement le caviardage de certains éléments de leur rapport. Tel est le cas entre autres du physicien François Gervais dont les analyses sur le rôle du CO2 venaient s’opposer à certaines conclusions du GIEC. Il n’est pas le seul scientifique à s’être retiré des consultations ou avoir démissionné de sa fonction. Si au GIEC on est arrivé à un certain consensus dans les conditions décrites ci-dessus, il ne faudrait cependant pas commettre l’erreur de croire que ses conclusions ont reçu l’aval de l’ensemble de la communauté scientifique. Celle-ci est très partagée concernant leur validité. De nombreux prix Nobel ont fait part de leur désaccord. Les organes officiels tant scientifiques que politiques tout comme la presse scientifique, pour des raisons qui leur sont propres, ne favorisent pas le débat en s’abstenant de diffuser les éléments constitutifs de la controverse. Par ailleurs et secondairement, on a tendance à croire à tort que les milieux scientifiques se conduisent rationnellement. L’intérêt, le conformisme, l’ambition, la jalousie, l’idéologie voire la malhonnêteté intellectuelle sont des éléments susceptibles d’éclairer la véritable nature de certaines prises de position. A cela rien d’étonnant, il en a toujours été ainsi, le monde scientifique n’échappe pas à la réalité humaine.

Cet ensemble d’éléments nous invite à la prudence, à la circonspection dans nos jugements. D’autant que les sciences sont envahies par les études statistiques dont nous savons qu’elles démontrent des corrélations sans pour autant en déterminer une origine ou une cause. Un autre élément que constitue la dérive mathématique dans les sciences doit également alerter notre réflexion. Comme je l’ai déjà mentionné antérieurement, toute opération d’abstraction nécessite d’extraire et de retenir qu’un certain nombre d’informations de la chose étudiée. Par nature le processus est réducteur, il ne peut en être autrement. Une grande partie de ces informations ont été perdues dans la construction du modèle ou du concept. La démarche intellectuelle dans ses applications ne doit pas l’oublier et être en mesure de réintégrer certains éléments qui avaient été initialement exclus par d’autres moyens tels que l’observation et l’expérience. C’est ici que réside tout le débat entre la pensée déductive et la pensée inductive. Plus globalement, la prédominance de la modélisation par les mathématiques semble nous conduire à ce que la compréhension soit de plus en plus soumise à ce type de méthode au point que dans certains domaines de la science, les lois scientifiques ne connaissent plus la réalité mais la connaissance conceptuelle que l’on s’en fait. Mais c’est là l’objet d’un autre débat. D’autre part, je m’inquiète de la foi affichée par l’éditorialiste en l’efficacité des sommets internationaux pour la résolution des problèmes. Dans l’incertitude actuelle des connaissances concernant les évolutions climatiques, Il est à craindre une production de réglementations inappropriées et paralysantes allant à l’encontre du but recherché.

Pour finir, François Villemonteix, évoque l’esprit du 11 janvier, « cette levée en masse des Français autour des principes qui les rassemblent, montre sans « équivoque » que les Français lorsque la cause en vaut la peine sont capables de se mobiliser ». Au-delà de son coutumier ton péremptoire, on attend qu’il définisse précisément ces valeurs communes à l’origine de cette mobilisation (voir sur ce blog mon article sur le syndrome je suis Charlie). Quant au dernier paragraphe de l’édito, dans son appel pathétique à François Hollande, je pense que François Villemonteix fait dans l’humour.

Guy DELRANC