De l’islam, on croit beaucoup connaître alors qu’on sait très peu – en tous cas jamais assez pour ne pas reprendre, au moins sur quelques points, des préjugés renforcés par la progression de l’extrémiste islamiste et des guerres qui déchirent le monde musulman.

Conflit entre l’Irak et l’Iran, guerre du Golfe, affrontements récurrents entre Israéliens et Palestiniens et maintenant l’hyperterrorisme. Evoqué à tort ou à raison, l’islam fait la une de l’actualité et les attentats du 11 septembre ont suscité d’innombrables questions auxquels les médias ont tenté de répondre avec plus ou moins  d’exactitude et de finesse.

Après des dizaines d’heures d’émissions télévisées, après des milliers d’articles, il est probable que nous continuerons à véhiculer les mêmes idées reçues sur l’islam et les islamiques. D’où la nécessité du récent livre de Paul Balta (1), journaliste et écrivain né à Alexandrie qui a publié de nombreux ouvrages sur le monde arabe et arabo-musulman.

L’ouvrage est d’autant plus utile qu’il se présente, sous un petit format, comme une sorte de manuel de conversation préparant le dialogue à venir. Rien de définitif ni de clos en effet, mais un jeu de questions et de réponses destinées à déblayer un terrain encombré de ces clichés qui alimentent l’intolérance.

L’intolérance est justement un des reproches majeurs qu’on adresse à l’islam. « Point de contrainte en matière de religion » dit pourtant le Coran (II-256). Ce qui ne signifie pas les musulmans, comme les autres croyants, ne sont pas capables de violence. Mais cette violence n’est pas considérée d’emblée comme une valeur dans une religion qui, on ne le répétera jamais assez, ne range pas le fameux jihad parmi ses principes fondamentaux, ou « piliers de l’islam ». Ces piliers démentent la réputation paresseuse et fataliste qui est faite aux musulmans. Comme l’écrit Paul Balta, l’islam est « une religion de l’effort : effort de la prière, que l’on récite tour à tour debout, incliné, à genoux (…) ; effort du jeûne, effort du pèlerinage, effort de solidarité à l’égard des plus démunis ». Le jihad se définit comme un « effort fait sur soi-même pour devenir meilleur » et c’est seulement par extension qu’il signifie la guerre sainte.

Face aux dénigrements dont l’islam est victime, le risque est que la mise au point ne se transforme en apologétique. Or l’islam n’est pas la première religion du monde (les chrétiens sont plus nombreux) ni la plus simple tant il y a en elle de courants et de contradictions, ni la meilleure (du moins aux yeux de l’anthropologue) car il lui manque encore la dimension de l’ouverture, la généralisation de l’esprit d’aggiornamento que développent aujourd’hui certains musulmans.

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(1) Paul Balta, L’Islam, Idées reçues, Editions Le Cavalier Bleu, 2001.

 

Article publié dans le numéro 789 de « Royaliste » – 4 mars 2002