Un ami journaliste s’étonnait voici peu qu’on ne nous voie plus sur les écrans de télévision : la Nouvelle Action royaliste à tant à dire !

A ceux qui s’inquiètent de notre absence dans les grands médias, nous faisons remarquer que ce ne sont pas les royalistes qui en sont évincés (plusieurs animateurs importants de la radio et de la télévision sont de notre famille) mais la réflexion politique en tant que telle.

On veut bien de nous pour illustrer le folklore fleurdelysé, on convie les gaullistes et les communistes pour évoquer des pages d’histoire, mais la réunion de ces trois tendances (parmi d’autres) lors du colloque que l’association Attac a consacré à l’actualité du programme du Conseil national de la Résistance n’a pas retenu l’attention des directeurs de l’information télévisée.

L’indifférence et le mépris pour les projets politiques est aggravée par l’accueil bienveillant que l’on réserve aux revendications communautaristes. Si la grande question est de savoir comment on représente sur les écrans les « minorités visibles » (autrement dit les couleurs de peau) et les groupes « gays » et lesbiens, il va sans dire que le choix de ces critères ethniques et sexuels implique l’éviction des groupements politiques réputés marginaux, des sociétés de pensées et de la plupart des auteurs d’œuvres majeures dont nous faisons ici notre miel.

Il serait temps que le Conseil supérieur de l’audiovisuel prenne conscience du caractère anti-républicain et anti-démocratique de la représentation médiatique des « races » et des pratiques sexuelles. Ou alors il faut qu’on nous explique en quoi le fait d’être noir de peau ou homosexuel permet d’envisager d’une toute autre manière le statut de la Banque centrale européenne et le rôle du Premier ministre dans un régime de quinquennat.

Bien entendu, le président du C.S.A. ne prendra pas la peine de nous répondre.

Pourquoi ? Parce nous ne comptons pas. Et pourquoi ne comptons-nous pas ? Parce qu’on ne nous voit pas à la télévision. Et pourquoi la télévision ignore-t-elle à ce point notre existence ? Parce que nous ne pesons rien. Cercle vicieux dont nous sommes tranquillement sortis voici une quinzaine d’années, convaincus que les débats d’avenir et les combats décisifs se dérouleraient hors des écrans.

Certes, la Nouvelle Action royaliste souhaiterait participer aux combats électoraux mais les perspectives brièvement ouvertes en 2002 n’existent plus. Alors qu’elle est le seul mouvement à présenter un projet cohérent et novateur (la Confédération des Etats européens) la NAR ne peut ni s’allier ni même soutenir aucune des diverses forces en présence aux élections européennes. Ni le Parti socialiste, qui conçoit la campagne comme une étape de sa reconquête du pouvoir en 2007 ; ni l’UMP, où l’on tente de sauver quelques apparences dans le reniement (sur l’adhésion de la Turquie) et par la démagogie ; ni les « souverainistes » qui, comme tous les nationalistes autoritaires, se présentent sous la forme d’un front (disloqué) du refus d’ennemis fabriqués par la pathologie de l’enfermement et l’obsession du complot.

Nous avons mieux à faire que de cultiver les peurs.

Dans le débat intellectuel, où nous sommes très à l’aise grâce à nos nombreux interlocuteurs, nous voulons donner la priorité au débat sur la question du pouvoir politique, encore trop négligée.

Dans l’action, la lutte des classes (lutte-concours, et non pas combat d’exclusion) nous paraît décisive pour préparer le retour à une politique de justice sociale et pour dépasser et effacer, par l’action syndicale de résistance et par une politisation délibérée, les tentations islamistes, les pulsions antisémites et les prurits communautaristes.

Et le royalisme dans tout cela ? Faute de la volonté explicite d’un prince français d’envisager ici et maintenant la reconstruction d’un pouvoir légitime, nous continuons d’aller prendre des leçons de politique concrète auprès des rois et des princes qui sont à la tâche en Europe et ailleurs.  Chemin faisant, nous préparons la future confédération européenne, qui comprendra des Etats monarchiques et d’autres qui ne le seront pas, selon une double mouvement de réflexion sur les identités nationales et d’ouverture sur un monde qui ne nous est en rien étranger.

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Editorial du numéro 838 de « Royaliste » – 10 mai 2004