Enfin de bonnes nouvelles ! Certes, la crise française et européenne reste d’une angoissante acuité mais les projets de renaissance entrent dans le débat public et ne sont plus ignorés par les dirigeants politiques.

La preuve ? C’est Emmanuel Todd qui a ouvert la conférence sur l’emploi tenue le 14 décembre à l’initiative du Premier ministre. Cela signifie que le gouvernement, le patronat et les syndicats sont maintenant saisis du projet protectionniste qui leur a été présenté en termes simples et percutants par un chercheur – à la fois historien, anthropologue et démographe – qui s’appuie sur des bases très solides.

La veille de cette conférence, le public de nos Mercredis parisiens débattait avec Hakim El Karoui (1) et Emmanuel Todd de cette même question – déjà envisagée voici deux ans avec Jean-Luc Gréau (2). Au début des années 1990, quand triomphait l’idéologie libre-échangiste, nous avions fait écho à la critique décisive qu’en faisait Maurice Allais, prix Nobel d’économie, théoricien libéral dénoncé comme ringard par les ultralibéraux et victime d’un ostracisme parfaitement scandaleux.

Le temps de la censure et du mépris est terminé. L’idéologie ultralibérale a volé en éclats sous les coups des disciples de Keynes et des élèves de François Perroux, le dogme libre-échangiste ayant été détruit par ceux qui avaient une véritable intelligence du libéralisme économique. Il est démontré que le libre-échange est facteur de désindustrialisation, de chômage et d’appauvrissement – tous désastres dont les ouvriers, les employés, les cadres et de très nombreux chefs d’entreprise français et européens ont l’expérience quotidienne et douloureusement concrète.

L’heure des propositions a sonné. Les animateurs du nouveau courant libéral français réclament une protection de l’économie européenne, dont l’agressivité commerciale chinoise souligne l’urgence. Nous savons que le protectionnisme n’est pas l’autarcie : le journaliste de Libération qui affirme qu’Emmanuel Todd et ses amis veulent bâtir « une muraille contre la Chine » n’a manifestement pas lu Hakim El Karoui, pour qui la protection économique fonctionne comme une écluse : il ne s’agit pas d’interrompre, mais de régulariser des flux.

Cette politique de protection permettra de réindustrialiser la France et l’Europe, de relancer la demande par augmentation des salaires, de revenir au plein emploi et de reprendre le projet de bien-être pour l’ensemble de la société. L’exigence protectionniste peut donc rassembler toutes les catégories de travailleurs, maints patrons, de droite et de gauche – et se diffuser chez nos voisins européens.

Nous n’ignorons pas que la partie est difficile : il faut convaincre les futurs dirigeants français, les obliger à tenir des promesses encore hypothétiques puis les soutenir lorsqu’il s’agira d’entraîner les chefs de gouvernements européens. Nous continuerons de participer à l’action en faveur de la protection de l’Europe. Mais le combat commun n’exclut pas la réflexion et la confrontation sur les perspectives générales.

Nous l’avons dit l’autre soir à Hakim El Karoui :

La protection économique doit être conçue à l’échelle du continent européen, ce qui suppose l’unité d’action avec la Russie et la Turquie, qui sont des éléments décisifs de l’équilibre européen ;

Pas de remède à la paralysie de l’Union européenne sans la révolution institutionnelle qui fera naître la confédération des Etats européens (3) ;

Pas de protection solide de notre continent sans définition d’une nouvelle politique monétaire européenne, qui suppose la mise en question de la Banque centrale européenne et un examen lucide des effets de l’euro.

Quelle que soit l’intensité des débats, un fait est acquis depuis le référendum de 2005 : une large majorité de Français de droite et de gauche est prête à reconstruire sur les décombres d’un ultralibéralisme qui est, dans sa théorie et dans sa pratique, massivement récusé.

Bertrand RENOUVIN

(1) cf. dans Royaliste n° 890 notre analyse de son livre : L’Avenir d’une exception, Flammarion, 2006.

(2) les articles de Jean-Luc Gréau, Edouard Husson, Hakim El Karoui dans Le Débat n° 141, septembre-octobre 2006.

(3) Pour plus de précisions, consulter sur notre site www.nartinfo.fr.st la motion sur l’Europe adoptée en 2004 par le 23ème congrès de la NAR.