Il est maintenant prouvé que les privatisations, en Europe comme aux Etats-Unis, sont coûteuses pour le consommateur, dangereuses à tous égards, absurdes dans leur principe. Et pourtant ils s’obstinent…

On nous avait dit que l’Etat était le plus mauvais de tous les gestionnaires et que sa bureaucratie étouffait l’initiative industrielle. On nous avait répété sur tous les tons que les entreprises nationales devraient être privatisées pour atteindre la « taille critique » et trouver leur « rang mondial ». On avait même cru pouvoir démontrer que la concurrence était le meilleur de tous les stimulants possibles et que « le consommateur s’y retrouverait » car les prix baisseraient.

Ce fatras idéologique, qui inspirait le couple Thatcher-Reagan, leurs héritiers et leurs imitateurs en Europe continentale, a toujours été récusé par nombre d’économistes réputés et se trouve désormais démenti par les expériences de privatisation qui ont été faites aux Etats-Unis et dans les pays européens.

Démenti cinglant, marqué par les pénuries d’électricité en Californie et par la faillite d’Enron, précisément analysées par les auteurs du livre noir des privatisations (1) qui ont le grand mérite d’élargir et d’approfondir cette première observation. Certes, nous avons pu constater les désastres provoqués par la privatisation des chemins de fer britanniques (accidents, retards, désordres en tous genres) mais il était bon de souligner que la dérégulation a produit les mêmes effets négatifs ou franchement catastrophiques en Suède, en Norvège, en France (télécommunications), en Allemagne, dans divers pays d’Amérique latine et en Russie. Partout, les consommateurs ont subi des hausses considérables de prix, des licenciements massifs ont été effectués, la production industrielle et les services publics ont été désorganisés.

Paradoxe : les libéraux promettent la sécurité aux citoyens alors que la déréglementation les menace dans leur vie (lorsqu’un train déraille), dans leur santé (lorsque les contrôles alimentaires deviennent défaillants) dans leurs biens (lorsque le gardiennage des aéroports est confié à des sociétés douteuses).

Et pourtant, à Bruxelles, à Paris, à Londres, à Berlin, à gauche comme à droite, on s’obstine à privatiser encore et toujours alors que nul n’ignore plus l’absurdité de cette recette érigée en principe. Le temps n’est plus aux lamentations mais à la résistance active. Ce livre noir y contribue fortement.

 

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  • Services publics, le livre noir des privatisations, L’Harmattan, 2002. Préface de Gérard Delfau. L’ouvrage est publié par l’association Promouvoir les Services publics (BP 111 – 75264 Paris Cedex 6) qui regroupe des élus, des universitaires, des particuliers.

 

Article publié dans le numéro 809 de « Royaliste » – 3 février 2003