La situation est-elle « pré-insurrectionnelle » ? Le mot est parfois employé dans les milieux gouvernementaux, où l’on cherche à dramatiser une épreuve de force froidement préméditée. « Grèves illégales », « prises d’otages », la nouvelle phase de la guerre sociale menée par l’oligarchie a commencé et se continuera dans l’excès verbal.

Ne nous laissons pas prendre à cette surenchère. Une insurrection est improbable (tout simplement parce que personne n’est en mesure de l’organiser) mais les événements peuvent prendre une allure insurrectionnelle. Ce serait le cas si MM. Raffarin et Sarkozy, faute d’obtenir le retour au calme par leur «  communication », décidaient une répression violente des grèves et des manifestations. Des troubles limités permettraient à la gouvernance de brandir la menace d’une insurrection antidémocratique contre un Parlement en plein travail législatif…

Les manœuvres tactiques et les tentatives de manipulation de l’opinion publique ne sauraient nous faire perdre de vue le point principal : nous sommes dans une situation pré-révolutionnaire et nous y resterons tant que personne n’appellera au rassemblement des forces qui résistent à l’ultra-libéralisme pour accomplir une révolution.

Le mot doit être délivré des évocations romantiques et barricadières qui enfièvrent encore les jeunes et vieux porteurs de maillots rouges à l’effigie du Che. Les répétitions de la prise des Tuileries ou du Palais d’Hiver ne donneraient rien d’autre que ce que nous avons déjà vu : la dictature de la vertu, jacobine ou prolétarienne, en prélude aux sacrifices sanglants.

Heureusement, l’histoire qui se fait a déjà tracé la nouvelle voie révolutionnaire. Depuis 1995, nous sommes engagés dans une lutte ouverte de résistance à l’ultra-libérale qui se traduit par un conflit déclaré entre les salariés de tous les groupes sociaux et l’oligarchie politique, financière et médiatique. La ligne, encore floue, qui sépare le syndicalisme de résistance et le syndicalisme de collaboration est la traduction militante de ce conflit.

Cette lutte des classes n’a rien de rétrograde ni de désespéré : il s’agit d’obtenir un nouveau compromis social favorable aux salariés du public et du privé dans la perspective d’un autre mode de développement.

Telle est la révolution souhaitable, qu’il nous faut préparer. Comment ?

La méthode que nous préconisons n’est pas très compliquée :

– S’inspirer des révolutions réussies : la prise du pouvoir par le général de Gaulle en 1944 et sa reprise en 1958, par lesquelles s’accomplit successivement la première révolution sociale (de la charte du CNR au Préambule de 1946) et la révolution politique inscrite dans la Constitution de la 5ème République ;

– Redonner toute leur force à nos institutions et rétablir l’autorité de l’Etat, condition première de la justice sociale.

– Inverser l’ordre des priorités : le bien être collectif et individuel comme objectif et le budget comme moyen ; l’économie avant la finance. Plus précisément : protection et le développement de l’industrie nationale dans la cadre d’une planification indicative, nationalisation des secteurs-clés, politique des revenus, objectif à court terme de plein emploi. Qu’on ne crie pas à l’irréalisme : notre pays dispose de tous les travaux théoriques nécessaires et de la nouvelle élite capable de les mettre en pratique.

– Etendre cette révolution à l’ensemble de l’Europe, assemblée sous la forme d’une confédération d’Etats, mobilisant ses immenses richesses humaines et matérielles en vue d’un plein développement.

– Favoriser la révolution mondiale, qui doit commencer par un retour du FMI et de la Banque mondiale à leurs missions premières : financer l’activité économique en vue d’une généralisation de la prospérité.

Dans une démocratie normale un programme de ce type serait soutenu par un parti de la révolution tranquille et méthodique qui demanderait des élections générales afin qu’une issue politique soient trouvée à l’épreuve de force sociale.

Nous sommes dans une situation anormale, qui rend la confrontation explosive. Il appartient à un gouvernement provocateur et régressif, qui agit contre la majorité de la population, de faire baisser la tension.

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Editorial du numéro 818 de « Royaliste » – 2003