Dans l’extrême confusion qui s’installe, en vue des combats acharnés qui s’annoncent, il importe avant tout de rester fermes sur nos principes. Il suffit de rappeler notre opposition constante aux diverses formes et conséquences de l’idéologie du marché mondialisé pour que chacun comprenne que nous n’aurons pas la moindre complaisance pour les équipes chiraquiennes et jospinistes qui participent d’une oligarchie que nous récusons.

Cette opposition radicale laisse entière la question des choix que nous pourrions faire pour hâter une révolution que l’aggravation de la crise économique rend chaque jour plus nécessaire. Il est clair que nous éprouvons de la sympathie pour les deux formes de résistance, « souverainiste » et « antimondialiste », qui se manifestent depuis quelques années. Cette sympathie tient aux nombreux amis qui participent à ces mouvements (où nous comptons aussi quelques ennemis), à la proximité des thèmes que nous développons les uns et les autres, aux campagnes que nous menons, sans toujours nous rencontrer, avec les gaullistes de gauche, les amis de Jean-Pierre Chevènement, du Monde diplomatique et de Bastille République Nation qui dirige le communiste Pierre Lévy.

Front commun, donc ? Certes oui, lorsqu’il s’agit de résister à l’ultralibéralisme, à l’hégémonie américaine et à la fausse monnaie européenne. Mais nous ne saurions accepter un étiquetage sommaire et flou. Nous avons toujours récusé les tendances néo-fascistes, national-populistes et nationalistes autoritaires qu’on range désormais dans le « souverainisme », tout comme la composante anarcho-pacifiste de l’ « antimondialisme.  Mais surtout, pour s’en tenir aux tendances les plus proches de la nôtre, il nous apparaît que l’idée national-républicaine défendue par Jean-Pierre Chevènement n’est pas compatible en tous points avec la pensée implicite de la plupart des amis du Monde diplomatique. Les premiers défendent l’Etat, expression de la volonté du peuple-nation. Les seconds soutiennent le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes face aux impérialismes et à toutes les formes de néo-colonialisme – mais sans poser la question de l’Etat et de la nation, du moins sur le continent européen.

Très sommairement, nous regrettons que la faiblesse des nationaux-républicains dans le domaine des relations internationales et quant à la future organisation du continent européen et nous leur reprochons de ne jamais dire précisément comment la souveraineté s’institue et s’incarne. Les «  antimondialistes » tombent dans l’excès inverse : ils pensent les rapports de forces internationaux et tentent de les transformer, mais sans faire fond sur la résistance des nation et sur le moyen efficace que représentent les Etats.

Je ne peux manquer de rappeler que, par définition, les royalistes se tiennent dans une position médiane puisque, en principe, la monarchie royale incarne le Souverain et relie les différentes expressions de la souveraineté, en évitant que la nation, jamais conçue hors des relations internationales, ne se perde dans la pulsion nationaliste. Telle est notre conviction qui n’exclut nullement d’autres formes, proches ou éloignées, de contestation radicale du système.

Les communistes ont montré qu’il était possible d’articuler efficacement les luttes de libération nationale, surtout pendant la seconde guerre mondiale, et l’internationalisme révolutionnaire. Nous sommes étrangers au marxisme, mais il nous semble que toute une  gauche patriote, socialiste et communiste, pourrait trouver là matière à réflexion.

Le général de Gaulle a redonné sa force au lien qui unit le pouvoir et le peuple, l’Etat et la nation, la France et la liberté des peuples du monde. Fraternellement unis aux gaullistes vrais, nous pensons que l’avenir du mouvement national-républicain se situe dans la ligne que le Général de Gaulle avait tracée pour le très long terme…

Tels sont, trop brièvement exposés, les principaux termes d’un débat ouvert en permanence dans nos colonnes. Ils nous permettent de désigner des points d’accords et de désaccords qui dépassent de beaucoup les enjeux électoraux. La confrontation pimente les luttes menées en commun. Nous souhaitons qu’il en soit ainsi dans la bataille qui va s’engager sur la monnaie.

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Editorial du numéro 777 de « Royaliste » – 17 septembre 2001