Pour le dixième anniversaire de sa mort, les amis de Georges-Hubert de Radkowski se sont réunis pour réfléchir sur son œuvre inachevée. La meilleure manière de la faire vivre est de prolonger la pensée de cet intellectuel combattant.

Lorsque notre travail porte sur les principes mêmes de l’économie politique, nous n’omettons jamais de revenir aux livres de Radkowski. Nous le consultons comme un savant, mais avec l’émotion que fait renaître le souvenir de l’ami disparu. D’entretiens en discussions, Georges-Hubert nous dispensait avec une générosité toujours souriante son savoir, qui se situait à la jointure de la philosophie, de l’anthropologie et de l’économie.

Il en résultait des textes difficiles, mais étrangers à cette « abstraction » qu’ont vite fait de dénoncer les dilettantes. Georges-Hubert n’était pas séparé de la « vraie vie » parce qu’il avait affronté la mort en combattant les Allemands à Varsovie en 1944, puis en s’opposant aux communistes. Quand il critiquait le concept de besoin, chez les libéraux et chez les marxistes, il n’oubliait pas la nécessité du boire et du manger. Et sa réflexion sur l’économie ne pouvait manquer d’être reliée à ce qu’il avait concrètement connu, et refusé, à l’époque où le collectivisme stalinien se présentait en Europe comme le creuset de l’homme nouveau.

C’est cet intellectuel combattant qui a été honoré lors d’un colloque récent (1) où se sont retrouvés, à l’initiative de sa femme Angèle, ses interlocuteurs et amis. Des contributions rassemblées, il faut tout particulièrement retenir celle de Christine Orsini présentant l’ensemble de l’œuvre de Radkowski sous les trois angles de l’homme nomade, de l’attention aux damnés de la terre (aux exclus comme on dit aujourd’hui) et de la critique du concept d’homo oeconomicus : il n’y a pas de meilleure introduction à la lecture des Jeux du désir (2), le maître-livre de notre ami. Cette présentation générale est prolongée par la forte analyse de René Girard sur le concept radkowskien de désir, qui subvertit radicalement l’économicisme moderne dans sa passion de liberté.

Ne pas manquer non plus ce texte inédit, daté de 1953, présenté par Pierre Manent, dans lequel ce Polonais exilé fait le procès de l’atlantisme : le danger communiste, écrivait-il, « vient moins du communisme lui-même que de notre impuissance ». C’est aujourd’hui de notre impuissance déclarée que vient le danger américain. Continuons de penser avec Radkowski.

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(1) Sous la direction de Yann Lepape, Monde ouvert, pensée nomade, En l’honneur de Georges-Hubert de Radkowski, L’Harmattan, 1999.

(2) G.H. de Radkowski, Les Jeux du désir,

Article publié dans le numéro 738 de « Royaliste » – 1999