Si les partis politiques ne parviennent pas à résoudre leurs contradictions internes, c’est qu’elles s’inscrivent dans une logique rigoureuse.

Les universités d’été organisées par les formations de droite et de gauche ont à nouveau permis de constater que les rivalités personnelles et les luttes entre les appareils ou entre les courants absorbent l’essentiel des énergies, obscurcissent la confrontation des idées, empêchent la mise en forme de nouveaux projets. Ces guerres picrocholines concourent au discrédit du personnel politique, entraînent une abstention électorale massive et favorisent l’apparition de nouvelles formations (le Front national, les Verts) qui doivent une bonne part de leur succès au fait qu’elles défendent, à tort ou ·à raison, un projet qui est ou qui semble clairement identifiable.

ENJEUX

La classe politique n’ignore rien de ce qui la mine. Ainsi le Parti socialiste, conscient d’être paralysé par le système des courants et par le combat des présidentiables, qui fait passer au second plan les questions pourtant décisives de l’identité socialiste et de la définition d’un nouveau projet. Conscient de cette double nécessité, Pierre Mauroy avait annoncé un congrès « idéologique ». Or la préparation de celui-ci montre que rien n’a changé : les motions présentées restent tristement identiques et nul n’ignore que les enjeux de la bataille concernent le contrôle de l’appareil et la désignation par celui-ci du candidat socialiste à la présidence de la République.

Ni le Premier secrétaire ni les principaux barons socialistes ne peuvent changer cette situation qui tient à la nature du Parti socialiste et à sa finalité. Parce que le P.S. est un parti « attrape-tout », il accueille diverses sensibilités qui s’organisent très naturellement en courants. Parce que le P.S. a pour premier objectif de remporter l’élection présidentielle, les courants deviennent les instruments de ceux qui veulent être candidats. Pour rassembler le maximum de partisans, ceux-ci ne peuvent présenter que des motions très générales dans lesquelles les véritables débats sont évacués : le choc des formules et des slogans tient lieu de confrontation idéologique ou, du moins, en masque les éléments puisque nul ne peut plus discerner, dans les affirmations des uns et des autres, ce qui résulte de la conviction et ce qui tient de la prise de position tactique ou stratégique.

A cet égard, il est intéressant d’observer que le courant de Jean-Pierre Chevènement est le seul qui échappe à cette logique : c’est parce que le ministre de la Défense n’est pas un présidentiable crédible que « Socialisme et République » a conservé une identité solide et défend un projet politique précis (dénonciation du libéralisme économique et de l’Europe du capital notamment) mais sans parvenir à poser le débat selon ces termes à l’intérieur du P.S. et au sein du gouvernement.

L’UNION ?

Fascinée par la réussite de François Mitterrand, la droite classique voudrait bien reprendre sa stratégie : un grand parti autour d’un chef. Aussi chacun prêche-t-il le rassemblement en faisant mine d’oublier que « l’union est un combat » (comme disait Georges Marchais) qui se termine par l’hégémonie d’une formation sur ses alliées. Or la défaite de Jacques Chirac a empêché le RPR de prendre une position dominante et la victoire de Valéry Giscard d’Estaing aux européennes complique encore la situation. La droite reste donc exposée à une compétition désastreuse entre ses deux figures historiques, qui se complique de l’ambition de François Léotard et de Pierre Méhaignerie. Dans de telles conditions, la droite classique est incapable de résoudre le problème posé par le Front national. La gauche dans l’impasse, la droite dans la nasse. Il est vain de chercher des coupables : c’est la logique même de l’élection présidentielle qui détermine le comportement des hommes et le jeu des partis.

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Article publié dans le numéro 520 de « Royaliste » – 18 septembre 1989