Le débat sur le nouveau traité européen pourrait être passionnant. Toujours égaux à eux-mêmes, les dirigeants socialistes transforment le choc des idées en chamailleries tactiques.

Le débat préalable à la consultation des militants socialistes a commencé selon les bonnes vieilles habitudes des dirigeants obsédés par leur carrière : rivalités personnelles, haines recuites, intrigues en tous genres.

Dans ce combat d’hommes sans scrupules ni convictions, on se contentera pour le moment de pointer les principales prises de position.

Oui dur : c’est celui de Lionel Jospin. C’est le Oui des renégats, pour ne pas dire des collaborateurs de tous les temps : on évoque le « compromis acceptable », on reconnaît que « certes, il n’incarne pas l’idéal socialiste » mais on consent d’autant plus volontiers à l’ultralibéralisme du traité qu’on a signé des deux mains les conclusions des conférences de Lisbonne et de Barcelone. On recouvre les trahisons d’hier par le réalisme du laisser-faire tout en se couvrant à gauche. Comment ? En proclamant qu’il faut une « vraie politique sociale ». Que ne l’a-t-il faite quand il était au pouvoir.

Oui mou : c’est l’amer Oui du père Michel (Rocard). C’est un Oui emphatique (l’ancien Premier ministre qui fut le premier liquidateur du socialisme français ose parler de « dignité »), mais cette emphase masque la résignation masochiste, la jouissance honteuse de la défaite reconnue, acceptée, subie. En gros : le capitalisme a gagné, le socialisme a perdu, l’Europe est capitaliste, le capitalisme est un système cruel et on n‘a pas vu encore le pire car l’Europe se rallie au capitalisme anglo-saxon mais il faut approuver le traité européen car dans vingt ans il y aura peut-être une majorité de gauche qui infléchira la politique européenne dans le sens de la solidarité ! Allez, encore un petit effort, encore vingt ans de malheurs et les petits-enfants du couple Hollande-Royal feront pousser du pain et pétriront des roses…

Non mou : C’est celui de Laurent Fabius, qui se déclarait partisan du traité pas plus tard que l’été dernier lors d’un voyage à l’étranger. Il est vrai que, voici une dizaine d’années, le même camarade Laurent déclarait, en privé, que son Oui à Maastricht était un « non au Non » et qu’il ne croyait pas à l’euro. Le Non mou de Lolo doit être, « quelque part » un Oui à quelque chose. Sans doute à soi-même. Donc à un tout petit quelque chose.

Non dur : c’est celui d’Henri Emmanuelli et de ceux qui sont fidèles au socialisme à la française. Rien à dire, sinon que les partisans du Non dur comme ceux du Non mou ne proposent aucun projet politique qui permettrait de refonder une Union continentale des nations européennes.

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Article publié dans le numéro 844 de « Royaliste » – 4 octobre 2004