Sans ignorer les mythes et les folklores qui font le charme des divers régionalismes, mais sans s’y laisser prendre, les géopoliticiens d’Hérodote analysent les mouvements qui tentent aujourd’hui de se donner une identité « nationale ».

La situation en Corse plonge dans l’angoisse. Les quelques attentats qui ont lieu en Bretagne ne suscitent pas l’émotion générale. Cette différence de regard ne tient pas seulement au degré de violence, mais à la situation géopolitique des deux entités : on imagine facilement qu’une île se sépare de la mère patrie, alors qu’une région reliée à la capitale par autoroutes et TGV paraît solidement arrimée.

Il faut pourtant prendre garde aux évolutions qui affectent l’Europe des Quinze. A cause des projets concernant les politiques communes en matière de monnaie, de diplomatie et de défense, beaucoup de militants régionalistes en viennent à penser que l’affirmation de leur appartenance « nationale » peut désormais faire l’économie de la lutte indépendantiste puisque les tâches régaliennes vont être transférées à l’échelon européen.

C’est de notre point de vue une illusion, mais elle a pour effet le développement de « nationalismes régionaux » que l’excellente équipe d’Hérodote passe au crible dans un récent numéro (1).

Ces « nationalismes » sont ambigus dans leur concept même, puisqu’ils nous font revenir à la notion qui avait cours avant 1789, lorsque les nations (picarde, espagnole et portugaise…) désignaient des groupes linguistiques, culturels et parfois religieux, qui existaient dans le royaume de France. Ces nations se sont fondues dans la Nation moderne, définie comme collectivité historique-juridique unifiée par un Etat souverain.

La confusion des mots, le flou des références et des revendications (la « souveraineté relative » revendiquée par certains régionalistes) s’accompagnent des paradoxes communs aux « nationalismes régionaux » qui s’affirment ou tentent de s’affirmer au Pays Basque, en Corse, en Catalogne ou dans les aimables rêveries sur la « Celtie ».

Violents ou pacifiques, ces régionalismes se veulent « nationaux » mais l’ethnisme et le racialisme sont des tentations permanentes et d’autant plus absurde que les « peuples » breton ou catalan sont d’inextricables mélanges de diverses populations. D’où la revendication linguistique, d’autant plus vive qu’elle masque une faible capacité d’identification : les langues régionales deviennent minoritaires dans les régions où elles sont censées être parlées – voire marginales.

Les analyses et les chiffres publiés par les collaborateurs d’Hérodote permettent de poser rigoureusement les termes d’un débat trop souvent passionnel.

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(1) Hérodote, n°95, 4ème trimestre 1999, « Nationalismes régionaux en Europe ».

 

Article publié dans le numéro 744 de « Royaliste » –  21 février 2000