Nous allons vaincre.

Nous ? Pas seulement les royalistes, mais tous ceux qui combattent l’ultralibéralisme. J’allais écrire : nous allons vaincre parce que nous sommes les plus faibles, mais cette formule faussement ironique appartient déjà à un moment passé de notre lutte. D’année en année, malgré les trahisons et les revers, nos forces se sont reconstituées.

Car de quoi se plaint-on d’ordinaire ? Crise des valeurs ! Puissance de la propagande ultralibérale ! Absence de projet politique ! Dépérissement des institutions et de la nation elle-même… C’est vrai : la tempête est violente, et d’autant plus difficile à supporter qu’on nous répète que le navire est sur le point de couler. On connaît le thème plurimillénaire de la décadence, qui tire ses arguments des désordres quotidiens, mais qui ignore la logique de l’histoire : au cœur du négatif, il y a encore et toujours assez d’énergie positive pour renverser le cours des choses. Cette dialectique, trop sommairement évoquée, est à l’œuvre. Ses résultats nous donnent le courage de persévérer :

Les valeurs ne se sont jamais mieux portées. La subversion qui les menace, sous mille formes, a provoqué une méditation intense et un immense travail de refondation dont nous sommes les témoins enthousiastes. Repensées et confrontées, sans cesse approfondies, nos valeurs religieuses, valeurs laïques, démocratiques, res-publicaines, font vivre à ceux qui participent à ce travail ou qui y sont simplement attentif un magnifique printemps spirituel qui ridiculise le matérialisme grossier des ultralibéraux et les bavardages sur la « fin de l’histoire ».

La bataille intellectuelle est gagnée. Dans tous les domaines, nos vieux maîtres ont formé et forment encore d’excellents disciples, qui nous donnent pleine confiance quant à l’avenir. La renaissance de la pensée politique nous réjouit tout particulièrement et nous enrageons, ici, de ne pouvoir rendre compte de tout ce qui mérite d’être lu, écouté, discuté (1). Mais nous disposons aujourd’hui d’une immense somme de références et de réflexions qui rendent dérisoire l’idéologie dominante.

Les institutions de la 5ème République sont toujours debout, quoi qu’en disent les irresponsables qui prennent la pose sur un champ de ruines en carton-pâte. C’est la constitution gaullienne qui permet aux dirigeants qui ont démissionné de leurs tâches politiques essentielles de conserver un minimum d’autorité. C’est cette monarchie républicaine qui nous permettra d’accomplir la révolution dans la loi et par la loi.

Le programme de la reconquête politique est prêt. Il est même rédigé puisqu’il est inscrit  dans la Déclaration des Droits de 1789 et dans le Préambule à la constitution de 1946. Face à la régression économique, sociale, culturelle que les ultralibéraux veulent nous imposer, il faut s’appuyer sur le socle de nos principes, agir selon la mémoire toujours vive et féconde des années heureuses de la Révolution de 1789-1791,  reprendre le programme du Conseil national de la Résistance et accomplir l’œuvre de la Libération.

A cette dynamique, le milieu dirigeant n’a rien à opposer – sauf la force qu’il tire de son inertie, sauf ses ruses grossières et ses chantages : l’un plutôt que l’autre dans le milieu dirigeant ; le social-libéralisme ou l’ultralibéralisme ; la mondialisation dure, ou adoucie. Autrement dit, la guerre de tous contre tous, avec ou sans la Croix-Rouge.

Il n’est même plus nécessaire de récuser ces fausses alternatives. La classe dirigeante est discréditée par sa corruption et ses mensonges, le système ultra-concurrentiel n’est pas viable et la logique financière porte en elle la panique boursière. L’aveuglement volontaire des hiérarques de gauche, la nullité des grands notables de la droite et l’arrogance de ces messieurs du Medef seront les causes immédiates de l’effondrement attendu, espéré, nécessaire.

Dans le pays, l’esprit de révolte l’emporte partout où il peut s’exprimer. Il reste à l’organiser et à lui donner sa pleine signification politique.

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(1) On nous reproche parfois notre passion polémique. Mais la part critique (celle du milieu dirigeant, de son idéologie et de ses pratiques) est beaucoup moins importante que la part « apologétique » dans notre journal et dans nos préoccupations.

 

Editorial du numéro 740 de « Royaliste » – 27 décembre 1999