Un Fauroux ne peut que médire et mal faire. Notre vieille maxime se trouve confirmée par un énorme tas de pages qui préparent, sous prétexte de modernisation, le dynamitage de la fonction publique.

Ca fait huit cents pages. C’est peu pour dire « la vérité de la fonction publique » (1). C’est trop, et trop cher, quand on tente, subrepticement, de déformer la vérité, de la tronquer, de la retourner en mensonges gros et gras, afin de détruire l’Etat qu’on prétend sauver.

Je l’avoue : je n’ai pas tout lu. Pas encore. Mais j’ai fait des prélèvements, et examiné les morceaux de choix. C’est assez pour dire que ce livre relève de l’escroquerie intellectuelle et politique. Il suffit, pour s’en convaincre, de lire la conclusion signée par MM. Fauroux et Spitz.

L’escroquerie intellectuelle consiste, par exemple, à citer Georges Bernanos pour cautionner un livre où se trouve dénoncés de manière obsessionnelle la « monarchie », le « colbertisme » et autres « archaïsmes ». Fauroux, le ministre qui désintègre, est toujours celui qui cache sa malfaisance sous des pavillons dignes de respect.

L’escroquerie politique et morale est résumée par l’éloge de la « transparence ». Cela sous la signature de M. Spitz, dont l’existence a été révélée au peuple français par la chronique judiciaire. Cela dans un ouvrage où pontifie un expert en détournements de fonds publics que j’ai vu opérer en Egypte. Cela dans un ouvrage qui prend pour référence Dominique Strauss-Kahn, cumulard de la mise en examen, et Alain Minc, maître-recopieur. Cela dans la conclusion d’un livre où l’on se félicite (p. 497) que le ralliement à l’idéologie du marché avait été faite par la gauche « à condition de ne pas le clamer sur les toits et de reléguer dans les soupentes les hérauts de la deuxième gauche tout en adoptant leurs idées ». Les électeurs ont été floués, et toute la faurouxie se marre comme un Jospin en goguette.

Je n’écris pas pour épuiser ma colère, ni pour pour régler des comptes personnels et collectifs, mais pour prévenir les lecteurs impressionnés par le titre de l’ouvrage et par sa diffusion massive.

Les parrains de cette opération de propagande et d’intimidation ne sont pas respectables. On le sait : nous avons de l’admiration pour les intellectuels libéraux, nous apprécions la rigueur des marxistes et les recherches de socialistes authentiques. Etrangers au monde de la réflexion, Robert Fauroux et Bernard Spitz nous entraînent dans les bas-fonds de la « communication ». On entre dans leur livre comme dans un bouge : petit monde de fourbes, de surineurs, de fourgues et de julots casse-croûte attablés avec des bourgeois égarés. On fait dire aux mots autre chose que ce qu’il signifie (la « modernisation » recouvre toujours une déréglementation), on manipule les esprits (la « bombe des retraites »), on refile en lousdé de la fausse monnaie conceptuelle (par exemple les lignes imbéciles sur le « Tempo ») on se saoule de métaphores ineptes : les entreprises qui bougent, l’Etat qui est en panne.  Finalement, on pratique dans un style digne d’Arthur Andersen (2) le chantage terroriste à la mode marxiste (tendance Groucho) :  annoncées par un bandeau rouge, les « réformes de la dernières chances » qui détruiront l’Etat doit être adoptées pour sauver… l’Etat.

J’essaie de rire pour étouffer mes inquiétudes. Car Notre Etat (ou plutôt Notre Tas) constitue probablement l’arsenal idéologique de la jospinie en campagne.

***

(1) Roger Fauroux, Bernard Spitz (sous la direction de), Notre Etat, Le livre vérité de la fonction publique, Robert Laffont, 2001. 179 F.

(2) Célèbre cabinet de « consultants ».

Article publié dans le numéro 770 de « Royaliste » – 16 avril 2001