Partisans déclarés de la résistance à l’hégémonie américaine, nous approuvons la ligne diplomatique décidée par le président de la République et par le ministre des Affaires étrangères. Et nous nous réjouissons de l’action menée en alliance avec l’Allemagne, la Belgique, la Russie et la Chine contre les intentions belliqueuses du président des Etats-Unis.

Quant aux effets désastreux de la volonté de puissance américaine, les démonstrations sont superflues. Avant même la guerre contre l’Irak, la pulsion hégémonique poussée à l’extrême provoquait une immense réaction mondiale, de colère ou de haine. Ce n’est qu’un début….

Voilà qui nous place, dira-t-on, dans un vaste consensus. Encore faudrait-il qu’il ait quelque consistance. Tel n’est pas le cas. Une fois de plus, la télévision fabrique, à partir de l’habituel mélange de moralisme et de propagande commerciale, l’image d’une « société civile mondiale » démocratique et pacifiste. C’est masquer le caractère inévitablement hétéroclite de ce mouvement « anti-guerre » qui rassemble sous des drapeaux différents (rarement tricolores) la gauche humaniste, les nostalgiques des guerres civiles révolutionnaires, des nationalistes de gauche fascinés par Saddam Hussein et le parti Baas, des anti-sionistes qui souhaitent mille morts à Ariel Sharon au rythme des chants de guerre du Fatah, des anarchistes qui mènent des opérations de police à l’intérieur des manifestations, des « souverainistes » qui fulminent d’ordinaire contre l’Allemagne, notre alliée, des partisans de l’indépendantisme tchétchène qui vouent Vladimir Poutine, autre allié, aux gémonies.

Cela n’empêchera pas la Nouvelle Action royaliste de participer à toutes les manifestations contre l’agression militaire américaine mais notre mouvement ne participera pas au collectif parisien qui les organise, à moins de clarifications.

Il ne s’agit pas pour nous de régler des comptes ou de prendre des poses mais d’appliquer dans l’action la ligne politique que nous nous sommes fixée.

Cette ligne est gaullienne, en application concrète de notre projet royaliste. Elle nous a conduit, avec l’approbation du défunt comte de Paris, à soutenir François Mitterrand – y compris quand notre pays participa, après vote du Parlement, à la guerre du Golfe. Elle nous porte à soutenir Jacques Chirac et Dominique de Villepin – sans que cela implique la moindre complaisance à l’égard de Jean-Pierre Raffarin. De manière inattendue, l’actuel chef de l’Etat permet à la France de se retrouver elle-même et prendre, selon l’esprit gaullien, un nouveau souffle. Nous nous en félicitons.

Contre ceux qui affirmaient que les Etats nationaux ne peuvent rien contre les marchés, que la France doit se bâtir une niche dans l’empire américain et s’en remettre à un pouvoir fédéral européen, nous avons montré, à l’ONU, que l’exercice mesuré de notre puissance souveraine était possible et positif.

Ceci posé, la France peut reprendre le cours de sa politique étrangère et contribuer à la refondation de la politique internationale. Cela signifie que nous pouvons enfin dépasser les dualismes fabriqués par les idéologues de la « deuxième gauche » (CFDT,rocardiens, jospinistes, Verts) et en finir avec les postures moralisantes qui assurent les bonnes réputations médiatiques.

Dépasser l’antinomie mondialisme-antimondialisme par l’organisation de l’internationale des nations. Contre l’apologie niaise de la « société civile mondiale » en lutte contre le capitalisme, instituer le dialogue des Etats en vue du développement.

Récuser l’opposition absurde entre la « realpolitik» et cet « humanitaire » qu’on utilise depuis trop longtemps pour toutes sortes de trafics – y compris les armes. La solidarité internationale ne peut dépendre d’une émotion exploitée par des cyniques. Elle requiert une politique de coopération.

Echapper au militantisme répulsif, qu’il soit anti-américain, anti-russe, anti-turc pour envisager en termes politiques l’équilibre européen et les relations entre les continents.

Cette refondation de la politique internationale implique une révolution économique qui doit viser en premier lieu les organisations commerciales et financières internationales. Telle est la manière, positive, de penser le nouveau cours du monde.

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Article publié dans le numéro 812 de « Royaliste » – 2003