Encore un livre sur le nazisme ? Oui, mais celui-ci (1) ne sacrifie pas à la mode «rétro» et ne cherche pas à flatter, comme tant d’autres, certains bas instincts. Il s’agit du résultat d’une longue et difficile enquête sur les haras humains de l’Allemagne hitlérienne, dont on ne savait jusqu’à présent s’ils appartenaient ou non à la légende. Ils s’appelaient « Lebensborn », ce qui veut dire « Source de vie ». Créés en 1935 et constamment encouragés par le « Reichfùhrer SS » Himmler, ils devaient constituer le creuset d’une nouvelle race purement nordique appelée à

dominer le monde. On connaît la théorie, plus ancienne que le nazisme et qui lui a survécu. On sait maintenant quelle fut sa pratique quotidienne et les crimes qu’elle provoqua. Bien sûr, au début, il s’agissait simplement d’assurer la naissance d’enfants beaux et sains. La qualité de la vie, en quelque sorte. Qui s’en plaindrait ? Pour plus de sûreté, on rechercha la source de cette régénérescence dans la nouvelle élite du régime. Aussi le « Lebensborn » accueillait-il les épouses et les compagnes des S.S., mais seulement si elles étaient « racialement valables », c’est-à-dire pures de tout apport « oriental ». En somme, des maternités doublées de centre d’accueil de filles-mères, procédant à une sélection un peu spéciale et installées dans tous les territoires conquis — en Norvège, en Hollande comme en France. Mais il y avait aussi les femmes allemandes fanatisées qui, hors du mariage et de toute liaison amoureuse, souhaitent « donner un fils au Fuhrer ». Un petit blond aux yeux bleus, de préférence, pour satisfaire aux critères de l’esthétique et de la « science » nazies. Soumises aux examens des « connaisseurs de race », elles pouvaient entrer au « Lebensborn » pour connaître un bel étalon S.S. Les faits et les textes cités par Marc Hillel sont incontestables : il s’agit bien là de reproduction, de sélection et d’élevage tels qu’ils existent pour les animaux. D’ailleurs, les nazis ne songeaient-ils pas à recourir à l’insémination artificielle ? Abaissement de l’homme, mais aussi négation pure et simple. Car tout «produit» du « Lebensborn » atteint de malformations physiques ou mentales était désinfecté, c’est-à-dire froidement assassiné après transfert dans une clinique spéciale. Là encore, les témoignages sont accablants pour l’organisation du « Lebensborn », coupable du meurtre de centaines de nourrissons. Mais ce n’est pas tout. Car la création d’un « ordre nordique » exigeait que tous les individus de cette race fussent rassemblés en Allemagne pour hâter le processus de régénération. Aussi Himmler ordonna-t-il le rapt de dizaines de milliers d’enfants dans les territoires de l’Est, en Pologne, en Hongrie et en Yougoslavie. Confiés au « Lebensborn », ces enfants étaient germanisés et destinés à la S.S. ou, pour les filles, à un centre de reproduction. Bien sûr, les « connaisseurs de race » ne retenaient que les enfants blonds aux yeux bleus. Les autres étaient transférés dans des camps de concentration, stérilisés, ou enfermés dans des trains qui n’arrivaient jamais à destination. C’était il y a trente ans. Mais, parfois à cause d’une justice allemande soi-disant « dénazifiée », de nombreux enfants volés ignorent encore tout de leur famille et de leur nation, tandis que des parents polonais ou yougoslaves attendent désespérement un signe de leur enfant disparu. Ce passé n’en finit pas de mourir. Et rien ne dit qu’il ne constitue pas la sanglante préface d’un avenir plus redoutable encore : celui où les « improvisations » nazies feraient place à la sélection scientifique d’une nouvelle race de seigneurs. Après l’avortement, ne parle-t-on pas d’euthanasie et ne lit-on pas, ici et là, des apologies de la race blanche qui rejoignent étrangement les grands thèmes de l’hitlérisme ?

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(1)    Marc Hillel, Clarissa Henry : Au nom de la race.

Article publié dans le numéro 190 de la Nouvelle Action française – février 1975.