Le Rassemblement pour la France est à l’agonie. Le plus proche conseiller de Charles Pasqua a même déclaré le décès. Mais qui donc a tué ce parti à peine né ?

Les sales souvenirs laissés par les lois xénophobes avaient conduit les dirigeants de la Nouvelle Action royaliste à ne jamais répondre aux invitations de Charles Pasqua. Et le rapprochement entre celui-ci et Philippe de Villiers n’avait fait que conforter cette décision. Même repeint aux couleurs d’un « souverainisme » fabriqué à partir de bribes de textes mal recopiés dans Royaliste, même agrémenté d’aimables bavardages sur l’unité des anti-européistes de droite et de gauche, le nationalisme autoritaire n’est pas notre tasse de thé.

Mais nous comprenions fort bien que des gaullistes de droite, scandalisés par les abandons successifs de Jacques Chirac, choisissent de soutenir une tentative de réaction patriotique. Les résultats obtenus par le RPF aux élections européennes (13% des suffrages exprimés) montraient que ce choix avait sa pertinence, même si le rêve d’un rassemblement droite-gauche était déjà déçu. Tous comptes faits, on pouvait raisonnablement penser, en juin dernier, que le RPF prospérerait jusqu’au soir du premier tour de l’élection présidentielle, c’est-à-dire avant le ralliement de Charles Pasqua à Jacques Chirac pour la bataille finale.

Ce calcul était beaucoup trop optimiste. L’existence d’une tendance objectivement fascisante et l’activisme forcené de Philippe de Villiers ont ruiné les espérances des gaullistes de droite. Depuis le congrès fondateur de novembre 1999, ce ne sont que disputes, manœuvres, et coups bas entre la tendance villiériste et la vieille garde pasquaïenne. On s’affronte en province, on se bagarre à Paris pour le poste de porte-parole, on se hait comme socialistes en congrès rennais – sans que la déclaration de candidature de Charles Pasqua pour la présidentielle parvienne à calmer le jeu. Le Rassemblement n’a pas de ligne politique, mais la victoire des villiéristes en mars dernier, à l’issue des élections internes, montre clairement de quel côté le RPF va pencher.

Toujours moins habile qu’il n’en a l’air, Charles Pasqua apporte sa contribution au naufrage. Il déjeune avec Jacques Chirac le 9 mai, ce qui lui vaut d’être critiqué par William Abitbol, le porte-parole du RPF – un pasquaïen du canal historique. A cette occasion, le dit porte-parole annonce que « le RPF est mort ».  Suit une tentative de prise de contrôle de l’appareil par les pasquaïens puis l’annonce par leur chef d’un referendum interne destiné à lui accorder les pleins pouvoirs. Expert en la matière, Philippe de Villiers a qualifié cette entreprise de « coup tordu ».

Tels sont les ultimes soubresauts. Combien de militants ont été abusés par un vieux briscard préparant sa retraire et par un petit féodal vendéen perdu d’ambition ? Nul ne le saura jamais.

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Article publié dans le numéro 751 de « Royalise » – 29 mai 2000