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En fin d’année, un quotidien du soir (devinez lequel) a lancé un débat sur de nouvelles privatisations. Il ne suffit pas de refuser la liquidation de nos services publics. C’est un nouveau programme de nationalisations qu’il faut préparer.

Tout à coup, Le Monde (1) nous apprend que le débat la privatisation des services publics est inévitable, et qu’il sera au cœur des prochaines campagnes électorales. Ceci  pour trois motifs :

– le programme entrepris par Edouard Balladur en 1993 est en passe d’être achevé par Lionel Jospin.

– le mouvement de privatisation s’accélère dans toute l’Europe.

– les mutations technologiques frapperaient de désuétude les actuels services publics.

Le premier motif constitue un simple aveu : les socialistes se sont placés dans la logique néo-libérale, alors que nous les avions élus pour qu’ils s’y opposent. Il y a longtemps que nous avons donné les preuves de leurs mensonges. Ceux-ci sont maintenant reconnus. Mais cela ne signifie pas qu’il faut persévérer dans le saccage industriel et dans la tromperie.

Le deuxième motif est dérisoire : ce n’est pas parce que nos voisins s’obstinent dans l’erreur qu’il faut à tout prix les imiter. En d’autres termes : quelle est la rationalité économique et financière de choix qui sont en fait soumis à un effet de mode ? Aucune.

Le troisième motif paraît plus sérieux. On rappellera cependant que, depuis la Libération, les techniques les plus modernes ont été mises en œuvre par le secteur public et nationalisé (du Concorde au Minitel en passant par le TGV). On observera aussi que la gestion privée du secteur Internet est financièrement désastreuse et que le comportement économique des nouveaux entrepreneurs est souvent aberrant.

Passons au bilan général des privatisations réalisées en France et en Europe depuis une dizaine d’années. Ce bilan est globalement négatif. Nous avons souvent constaté dans ces colonnes que la privatisation totale et la soumission des services publics à l’exigence de rentabilité immédiate étaient nuisible pour la collectivité et pour la plupart de ses membres :

A l’encontre de la théorie libérale, les privatisations ont entraîné des hausses de prix (eau,  services bancaires etc.), favorisent la corruption (les compagnies des eaux, encore une fois), provoquent des désordres (les chemins de fer britanniques, innénarables et meurtriers), accroissent les risques d’accident (dans le transport aérien) et nuisent à la qualité du service rendu (la télévision privée). En outre, les privatisations ont favorisé la constitution de gigantesques monopoles privés, qui détruisent les petites et moyennes entreprises libres par élimination ou par absorption (le processus est en cours pour les salles de cinéma).

Mais il ne suffit pas de s’opposer à toute nouvelle privatisation, ce qui signifierait qu’on se résigne à un détestable statu quo.

Il faut au contraire rétablir les principes et les méthodes du service public là où ils ont été abandonnés : notamment à La Poste, qui ne traite plus à égalité les usagers, ce qui nuit manifestement à la population modeste et aux petites entreprises (comme peuvent le constater les abonnés de Royaliste, qui reçoivent leur journal avec des retards scandaleux).

Il faut assurer la sécurité de notre pays en nationalisation les secteurs vitaux et les entreprises stratégiques, la raison politique devant l’emporter sur des considérations économiques qui sont d’ailleurs peu ou pas fondées. La nationalisation de toutes les entreprises d’armement, de l’ensemble des établissements financiers, de l’énergie, des transports (par air et par fer), de la distribution de l’eau, est indispensable à un grand pays moderne.

La liberté des échanges dans le secteur marchand sera garantie par ce nouveau programme de nationalisations. Ces échanges libres se développeront si une législation antitrust est votée et rigoureusement appliquée. Nous y reviendrons.

 

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  • Le Monde du 29 décembre 2000.

 

Article publié dans le numéro 763 de « Royaliste » – 6 janvier 2001