L’histoire de la Résistance est aujourd’hui bien connue et celle de la libération de Paris mieux encore grâce au célèbre « Paris brûle-t-il ? », titre d’un livre et d’un film qui connurent, il y a quelques années, un grand succès. Mais mesure-t-on bien le sens politique de la victoire de 1944 ?

Comme le montre René Hostache dans un livre important, la libération de Paris ne se résume pas dans une victoire militaire et dans la revanche de Français longtemps humiliés avant l’héroïsme des barricades et l’enthousiasme des Parisiens, tout un travail politique s’accomplit dans l’ombre. Et la descente triomphale des Champs-Elysées par le Général de Gaulle est le signe visible de ce que l’auteur de « De Gaulle 1944 » appelle la « victoire de la légitimité ».

Car la Résistance, en 1944, est plus que la glorieuse armée de l’ombre des maquis et des réseaux. Comme aux temps de la Révolution française, comme dans la Russie de 1917, comme dans l’Espagne de 1936, un double pouvoir s’est créé : le gouvernement provisoire d’Alger, le Conseil national de la Résistance et l’organisation militaire et administrative clandestine se préparent à abattre et à remplacer le gouvernement de Vichy. René Hostache étudie avec beaucoup de précision le fonctionnement — et les conflits — de ce nouveau pouvoir qui va remplacer progressivement l’ancienne légalité pendant que se déroulent les combats de rue : il ne s’agit pas seulement de chasser l’ennemi de la capitale, mais bien d’une révolution politique.

Il s’agit aussi d’une révolution dans la politique puisque le Général de Gaulle, tout en restaurant la légalité républicaine, entend fonder le pouvoir qu’il exerce sur la vieille notion de légitimité. Une légitimité qui, comme aux temps capétiens, s’appuie sur les services rendus à la nation. Et quel plus grand service lui rendre, entre 1940 et 1944, que de réaffirmer son indépendance et de la restaurer après avoir rassemblé dans une même volonté les familles politiques françaises ? Sans doute pourra-t-on dire que cette légitimité était moins profonde que celle de la Famille de France. Mais le Général de Gaulle ne l’a jamais contesté. Sans doute fera-t-on ressortir que la Révolution de 1944 s’enlisa dans la IVe République, et que le souci de l’unité nationale a disparu dans les règlements de compte de l’après-guerre. C’est vrai. Mais il n’en demeure pas moins que l’idée de légitimité a survécu aux espoirs déçus de la Libération. Nous l’avons retrouvée en 1958, puis de nouveau perdue. Mais nous la retrouverons encore, cette fois pleine et entière, dans un avenir prochain. Plus le temps passera, plus on s’apercevra que le Général de Gaulle a tracé un très beau chemin, qui prolongeait celui des Capétiens. Merci à René Hostache d’en rappeler le commencement.

***

René Hostache, De Gaulle 1944, Plon Collection Espoir.

Article publié dans le numéro 288 de « Royaliste » – 1er mars 1979