Comme il est agréable d’être, pour une fois, en accord avec la mode médiatique ! Le jeune roi du Maroc plonge les commentateurs dans le ravissement, et les reportages consacrés par les chaînes françaises de télévision aux visites de Philippe et de Mathilde dans les villes belges étaient empreints de vive sympathie. Le mariage du couple princier, le 4 décembre, a été présenté avec la même faveur. Pour élargir la perspective, des enquêtes sur le débat constitutionnel en Australie auraient été dignes d’intérêt, et la victoire des partisans de la monarchie méritait elle aussi des analyses approfondies.

Les carences du système d’information mondialisé, qu’on célèbre à tout bout de champ, ne sauraient atténuer la force du constat : quels que soient le continent, la sociologie et les pratiques religieuses du pays considéré, la monarchie est populaire, la royauté est aimée. Le fait nous est agréable, mais c’est le regard des autres qui ajoute du crédit à nos convictions.

Bien entendu, nous n’avons pas la naïveté de croire que les médias propagent en toute connaissance de cause une idée rigoureuse de la monarchie. Ils jugent les personnes royales et princières selon leurs propres critères – jeunesse, beauté, modernité. Ils présentent plus souvent les princes mondains que ceux qui, tels don Duarte du Portugal et Margharita de Roumanie, servent leur pays avec une discrète efficacité. Ils peuvent changer une divinité olympienne en bouc émissaire pour maintenir ou élargir leurs satanées « parts de marché ».

Cela dit, le commentaire médiatique du mariage de Philippe et Mathilde était riche de signification politique puisque la dynastie belge nous a été présentée comme le fondement et l’ultime garant de l’unité de cette nation profondément divisée, affaiblie, ébranlée par trop de querelles, de scandales et de tragédies. Dès lors, qui peut soutenir que la monarchie est une survivance folklorique ? Qui peut prétendre que la symbolique royale ne séduit que les midinettes ? Comment affirmer que, dans le monde moderne, les rois ne servent pas à grand-chose ?

Rien de plus concret que la symbolique politique lorsqu’elle réunit dans la douleur d’un enterrement, dans la joie d’un avènement, dans la promesse de fiançailles, tout un peuple qui prend ou reprend conscience de lui-même, qui retrouve confiance en l’avenir commun. Ceci de manière plus sensible, plus immédiatement intelligible et plus assurée que lorsqu’il faut se contenter des discours ministériels, des accords entre partis et des promesses de candidats. La monarchie royale n’annule pas plus la vie démocratique qu’elle n’évite au peuple de connaître de terribles épreuves. Mais elle apaise sans étouffer et donne, presque toujours, la possibilité de sortir de la crise.

L’hommage des médias français à la symbolique de l’unité est touchant. Les campagnes anti-monarchiques sont encore plus significatives. En Grande-Bretagne et dans le Commonwealth on sait qu’elles sont animées par R. Murdoch, figure emblématique du magnat capitaliste. En Belgique, c’est l’extrême droite flamande qui affirme violemment sa volonté de détruire la monarchie, afin d’imposer le principe ethno-linguistique que défendent par ailleurs quelques séparatistes wallons. Il est scandaleux que ces derniers soient soutenus par le Mouvement des Citoyens et par le Rassemblement de MM. Pasqua et de Villiers, qui se rejoignent dans un néo-bonapartisme imbécile et dangereux. La victoire des ethnicistes créerait une situation de guerre civile chez notre voisin et favoriserait, en France et partout en Europe, les mouvements séparatistes qui profitent de la logique européeiste et des désarrois provoqués par la « mondialisation ».

Pour la France, pour toutes les nations européennes, l’avenir de la royauté en Belgique ne saurait être seulement envisagé sur le mode affectif ou par préférence politique. L’unité du royaume belge est une des conditions de notre propre unité, la perennité de la Belgique, tel que le mariage de Philippe et Mathilde permet de l’espérer, sont facteurs d’équilibre et de paix en Europe de l’Ouest. C’est selon cet exemple que nous pouvons concevoir l’union politique de notre continent – celle qui résultera de la coopération entre nations souveraines et de l’amitié entre les peuples rassemblés autour d’autorités légitimes, incarnant pleinement l’identité de chaque collectivité historique.

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Editorial du numéro 739 de « Royaliste » – 1999