L’avez-vous remarqué ? Chaque fois qu’il y a crise, problème ou catastrophe, les responsables politiques s’emploient à rassurer. Ceci de plusieurs manières : on affirme que les choses ne sont pas si graves ; on prévoit qu’elles vont s’arranger ou, au pire, on assure qu’on va prendre des mesures. Exemples :

On a rassuré les convoyeurs de fonds au printemps dernier et, comme ils continuent de se faire tuer ou blesser, on les assure qu’on va signer bientôt un décret annoncé.

On rassure les consommateurs de bœuf en les assurant qu’on va totalement interdire les farines animales, puis on décide de ne pas décider pour le moment l’interdiction totale.

On assure les nationalistes corses que la ligne Jospin est maintenue, mais en se préparant sans doute à affirmer aux chevènementistes qu’on maîtrise parfaitement la situation.

Bien entendu, on répète que le naufrage du Ievoli-Sun sera sans graves conséquences pour les poissons. Respecteront-ils les panneaux interdisant la zone à risques ?

Mieux : nous avons appris que le gouvernement était lui-même rassuré par la baisse du chômage, et la remontée de MM. Chirac et Jospin dans les sondages ne manquera pas d’exercer un effet euphorisant sur les deux augustes personnages. Ce qui est logique : quand on est rassuré, on nage dans l’euphorie – autre maître-mot.

L’embêtant, c’est que la drogue douce de la communication rassurante n’apaise plus les angoisses de la population, alors que le sondage demeure l’opium toujours efficace des milieux dirigeants.

***

Article publié dans le numéro 759 de « Royaliste » – 13 novembre 2000