Nous sommes monarchistes. Cela signifie que nous voulons l’unité de la décision politique, et l’indépendance d’un Etat arbitral, garant de la justice et de la liberté.

Nous sommes royalistes, c’est-à-dire fidèles à une famille dont l’aventure a commencé voici bientôt mille ans et qui demeure présente parmi nous, malgré les tourmentes de l’histoire.

Nous sommes monarchistes et royalistes en même temps, d’un même élan. Pas de monarchie sans un Prince qui l’incarne et donne vie à l’institution. Par de roi sans lois qui assurent son pouvoir et limitent sa puissance.

L’HOMME COURONNÉ

Cette certitude, nous y tenons tranquillement, sans rechercher un absolu politique, sans vouloir l’avènement d’un surhomme. Cette fidélité, nous la vivons gravement, parce qu’elle nous rend sensibles au temps, à l’histoire, au mouvement même de la vie.

La monarchie est une institution humaine, qui ne demande ni un savoir exceptionnel, ni la possession de secrets divins. Elle vit au rythme des hommes, tout en étant capable de modérer leurs passions et d’assurer la continuité de leur œuvre. Il n’y a pas de souci plus concret, et de pouvoir plus proche. La monarchie, c’est l’expérience immédiate de toute famille : la naissance, le mariage, la mort, les enfants ; des fêtes, des deuils, des disputes, des maladies. La monarchie n’est pas une idée. Dans sa manière d’être, dans les visages de ceux qui l’incarnent, chacun peut se retrouver. Loin d’être une figure divine, le roi est l’homme couronné.

L’homme, simplement. En huit siècles, la monarchie n’a connu aucun génie, et un seul saint. Il y avait seulement des hommes placés dans une situation singulière, accomplissant leur œuvre propre selon des principes simples et dans le respect des lois de l’Etat. Oui, des hommes seulement, plus ou moins sages, plus ou moins intelligents, mais toujours soucieux de mener à bien leur tâche, quelques que soient les difficultés, et malgré leurs faiblesses.

Nous sommes royalistes pour cela : par fidélité à ceux qui se sont transmis de père en fils le même souci, la même charge, la même-volonté de servir le bien commun. Et nous sommes monarchistes parce que l’institution les aidait à tempérer leurs passions, à surmonter leurs, faiblesses, à faire taire les rivalités familiales. Pas de roi sans loi : risque d’arbitraire et de violence. Pas de loi sans roi : danger d’abstraction, et de disparition du lien social.

— Mais ces lois n’étaient pas inscrites de toute éternité. Le principe héréditaire ne vaut que par son utilité, parce qu’il assure l’indépendance et la continuité de l’Etat, hors de l’affrontement des ambitions rivales.

— Mais ce droit n’est pas un privilège. Il n’autorise pas le prince à en jouir abusivement. Que l’homme soit héroïque, ou faible et négligent, ce droit lui impose des obligations – celle de conserver son intégrité au royaume, celle de le transmettre à ses descendants, celle d’assurer la justice. Loin d’être un pouvoir dictatorial, la monarchie repose sur un pacte entre le roi et le peuple. La loi de succession qui fonde la légitimité historique dispose au service de la nation. Encore faut-il que ce service soit rendu effectivement, à un peuple qui exprime son consentement. Autrefois, la cérémonie du sacre symbolisait cette pratique de la légitimité : le roi était acclamé par le peuple, et prêtait serment de justice avant d’être béni par l’Eglise (1).

L’EPREUVE

Tels sont les principes fondamentaux de la légitimité monarchique, qu’il importait de rappeler. Dans la crise qui secoue la famille de France, ce sont ces principes qui sont en jeu, c’est ce droit historique qui est invoqué et ce sont ces obligations qui sont soulignées :

— est légitime la famille qui est à l’origine de notre histoire nationale, qui a été la condition même de l’existence de notre communauté et qui a reçu en dépôt l’héritage matériel et spirituel commun selon la loi de succession par primogéniture,

— est légitime la famille qui, dans l’exercice du pouvoir ou dans l’attente de celui-ci, affirme par ses attitudes et par ses actes la volonté de servir la communauté tout entière,

— est légitime la famille qui, issue de la tradition historique et manifestant cette volonté de servir, reçoit le consentement populaire.

Les coutumes et les lois de la Maison de France, que le comte de Paris rappelle dans son communiqué, ont été établies en concordance avec les principes fondamentaux de la légitimité. Le consentement que doit obtenir le Dauphin pour son mariage est d’ordre politique (la continuité dynastique et le service de la communauté sont en cause) comme notre histoire le monte surabondamment. L’attitude publique d’un Dauphin, sa volonté manifeste de servir, le souci qu’il a de sa propre succession, permettent d’établir que sa légitimité historique (le droit qu’il a reçu) est aussi politique (le droit reçu implique l’obligation d’assumer sa tâche). Le rappel de ces principes et de ces règles permet de comprendre la réaction du comte de Paris :

— Par la décision qu’il a prise de se remarier, sans le consentement du chef de la Maison de France, par l’effacement civil de son premier mariage, politique comme il devait l’être, le comte de Clermont crée une situation que son père ne pouvait accepter.

— Le communiqué du comte de Paris ne met pas en cause le principe de succession par primogéniture : le comte de Clermont est privé de son titre symbolique parce qu’il ne respecte pas actuellement les obligations qui résultent de sa situation de fils aîné.

— Si la légitimité juridique n’est pas remise en cause – elle ne peut l’être – la question de la légitimité politique du comte de Clermont est clairement posée. Son remariage indique une préférence pour la vie privée, la volonté de servir passant au second plan. Il n’est pas interdit d’espérer que cette volonté redeviendra prédominante. Mais, pour le moment, le comte de Paris doit se soucier de la continuité de la tradition dynastique. Son espoir est donc reporté sur le prince Jean.

– Cet espoir est renforcé par les déclarations du prince Jean, qui est prêt à assumer ses responsabilités, à la mort de son grand-père.

Telles sont les décisions du chef de la Maison de France. Elles sont rigoureuses aux deux sens du terme – à la fois dures et cohérentes. Rendues inévitables par la décision du comte de Clermont, elles maintiennent intactes nos convictions et notre espérance. Quelle que soit l’attitude présente et future du fils aîné du comte de Paris, la tradition de service du pays est affirmée, la continuité de la dynastie est assurée. Tel est l’essentiel. Dans la tristesse de l’épreuve, sachons y trouver la source d’une fidélité renouvelée et renforcée.

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(1)    Le sacre n’est pas un sacrement. Il ne fait pas le roi puisque le Dauphin succède dès la mort de son père.

Editorial du numéro 414 de « Royaliste » – 14 novembre 2018