Lors de sa réunion des 5 et 6 septembre, le Comité directeur de la Nouvelle Action royaliste a décidé de répondre Oui à la question soumise au référendum.

Ce choix peut surprendre, même s’il s’inscrit dans la ligne de notre dernier congrès qui a inspiré de nombreux articles et plusieurs éditoriaux publiés avant l’été. Il est vrai que la motion de notre congrès et les textes ultérieurs étaient lourds de conditions, de refus partiels, de critiques et de réserves qui provenaient de l’application de nos critères de jugement à un traité fort complexe – mais cependant positif en quelques points essentiels.

Le référendum, tout référendum, a pour effet de passionner le débat et d’obliger à un choix qui se situe au-delà des restrictions et des doutes. Il est permis de déplorer ce caractère réducteur du oui et du non mais la réponse ainsi demandée n’est ni absurde ni perverse : après tout, c’est bien à cette réponse simple que se ramènent finalement les débats politiques et intimes. Le mot le dit : décider, c’est trancher. Et cette décision est d’autant plus difficile et douloureuse que, souvent, d’excellentes raisons viennent s’accumuler, au fil de la réflexion, sur les deux plateaux de la balance. Dès lors, et surtout par rapport à une question aussi délicate, nous considérons qu’un vote négatif au référendum peut être un acte raisonné, compréhensible, honorable. Nous demandons seulement qu’on accepte d’examiner nos raisons et le cheminement qui y a conduit.

Car il s’agit bien, pour nous aussi, d’un choix raisonné et aussi rationnel que possible. En bonne méthode, nous avons commencé par rejeter l’argument d’autorité au nom du libre choix d’une organisation démocratique, et toute tentation de se déterminer par rapport à autrui : dans le camp du Oui comme dans celui du Non, on rencontre des personnages et des organisations pas fréquentables – ce qui explique d’ailleurs que ni la NAR en tant que telle ni aucun de ses animateurs n’aient accepté de figurer dans le comité pour le Oui. Par ailleurs, il n’est pas dans nos habitudes de répondre à côté des questions posées, en l’occurrence pour ou contre le président de la République ou sur la politique du gouvernement, ou de pactiser avec des intérêts catégoriels. Quant à l’abstention, elle peut très normalement résulter d’un doute personnel mais elle n’était pas concevable pour une organisation politique, face à une alternative aussi importante.

De fait, la principale difficulté était de situer l’enjeu du débat car, entre citoyens soucieux du bien de l’État et de l’avenir du pays, les choix opposés ont dépendu en partie du point de vue adopté : le vote des résidents étrangers a lourdement pesé sur les débats parlementaires, et beaucoup de partisans du Non ont avancé des arguments économiques face à ceux qui faisaient une lecture politique du traité. En ce qui nous concerne, nous avons récusé, dès notre Congrès, cette conception de la « citoyenneté européenne » qui exclut du vote aux élections locales les résidents étrangers qui n’appartiennent pas à l’Union de Maastricht. Par ailleurs, nous n’avons cessé de dénoncer le « libéralisme économique » qui inspire l’union économique et monétaire prévue par le traité de Maastricht : aussi bien l’idéologie du marché, absurde et pernicieuse, que ces critères de « bonne gestion » qui privilégient l’orthodoxie budgétaire et financière mais qui excluent la question de l’emploi – sans oublier l’autonomie dangereuse de la future Banque centrale européenne.

L’ENJEU POLITIQUE

Mais Maastricht est d’abord un traité politique rendu nécessaire par la chute du Mur de Berlin et par la nécessité, immédiate et impérieuse, d’arrimer solidement l’Allemagne unifiée dans une organisation équilibrée de l’Europe. L’équilibre européen est en effet le souci permanent de la France depuis qu’elle existe, parce qu’elle y trouve la condition première de sa liberté. Et le traité qui organise cet équilibre européen est essentiellement politique sous deux aspects qui nous importent au plus haut point :

– d’une part l’Union européenne institue une coopération politique entre les chefs d’État et de gouvernement réunis au sein d’un Conseil : point de super-État, ni de structure fédérale qui exigerait un tout autre traité, mais une cohérence rendue nécessaire par la transformation des rapports de force sur le continent ;

– d’autre part, ce Conseil politique prend le pas sur la Commission dont la logique technocratique se trouve à la fois limitée « par le haut » (le Conseil) et « par le bas » en raison de l’adoption du principe de subsidiarité.

Quant aux dérives possibles en matière de souveraineté, elles trouveront un obstacle majeur dans le nouveau texte de notre Constitution, qui ne prévoit que des transferts de compétence, et dans la réaffirmation du compromis de Luxembourg qui permet à notre pays de préserver ses intérêts vitaux. C’est donc sans craintes ni illusions que nous avons été portés à approuver la ratification du traité de Maastricht, sans renoncer à combattre ses aspects pernicieux et tout en continuant à œuvrer pour que l’Europe tout entière, de l’Atlantique à l’Oural, prenne aussi vite que possible une forme confédérale.

***

Editorial du numéro 584 de « Royaliste » – 21 septembre 1992.