Au moment où les Iraniens violent les principes du droit international et défient ouvertement l’impérialisme américain, il est nécessaire de comprendre pourquoi et comment l’ayatollah Khomeini et le peuple iranien ont entrepris leur révolution religieuse et nationale.

Nuls n’étaient mieux placés que Paul Balta et Claudine Rulleau pour retracer l’histoire de l’Iran moderne et expliquer les raisons de cette révolution qui échappe à nos schémas. Tous deux spécialistes du Proche-Orient -et auteurs de La politique arabe de la France et de La Stratégie de Boumediene – ils ont assisté, l’un à Téhéran et l’autre à Neauphle-le-Château, au grand bouleversement dont les effets se font aujourd’hui sentir dans ce qu’il est convenu d’appeler l’Occident.

Bouleversement qui ne peut être compris si on tente de l’appréhender en utilisant nos critères habituels de jugement : il ne s’agit pas de déplorer la chute d’une monarchie ou de saluer la naissance d’une république, encore moins d’interpréter les événements iraniens en fonction de la lutte entre « monde libre » et « subversion marxiste ». Si le peuple iranien s’insurge, en 1978, c’est parce qu’il ne peut plus supporter le despotisme du Chah, la corruption de la classe dirigeante, l’emprise américaine sur le pays, et la destruction de son être même par les effets d’un développement économique à l’occidentale trop brutale, trop rapide et qui aboutit à des échecs graves.

En outre l’Iran, longtemps dominé par les Russes et les Anglais, tombe sous la coupe des Etats-Unis après la chute de Mossadegh. Les Américains colonisent le pays sans même s’intéresser à sa réalité humaine, équipent une armée colossale, conseillent la redoutable Savak qui fait régner la terreur n’épargnant aucune famille. Ajoutons la corruption organisée par la Cour, le mépris de la religion, l’injustice sociale, le viol culturel, l’isolement du Chah : on comprend dès lors la montée de la colère, son explosion dans la rue, et l’effondrement du régime malgré la dureté de la répression.

Aux yeux de beaucoup d’Occidentaux, cette révolution peut sembler excessive et rétrograde. Mais elle traduit la volonté d’un peuple de retrouver ses racines culturelles et religieuses et de se libérer de la domination étrangère. Quoi que l’on puisse penser de l’ayatollah Khomeini, il faut observer avec la plus grande attention cette révolution qui commence à peine : elle risque de bouleverser les relations économiques internationales, et de modifier les enjeux idéologiques. Peut-être aussi donnera-t-elle à l’Orient un modèle de société aussi éloigné du capitalisme que du socialisme d’Etat. Seul l’avenir dira si cette révolution, faite au nom d’une tradition nationale et religieuse, est rétrograde ou novatrice.

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Paul Balta et Claudine Rulleau -L’Iran insurgé- Ed. Simbad.

Article publié dans « Royaliste » – 29 novembre 1979