Tous ceux qui n’acceptent pas l’ordre des choses sont dénoncés comme populistes ou soupçonnés de l’être. Cela fait beaucoup de monde, dans de nombreux pays. Plus cette catégorie englobe, plus elle devient floue – au risque de ne plus rien signifier.

Au début, tout paraît simple. Le populisme, cela fait penser au Front national. Et ceci d’autant plus clairement que Pierre-André Taguieff a depuis longtemps montré que le parti de Jean-Marie Le Pen, dénoncé comme « fasciste » et « nazi » dans les manifestations, devait être défini comme « national-populiste ». Dès lors, on est tenté de considérer que tous les chefs et mouvements dénoncés comme populistes sont des variantes du lepénisme – tout particulièrement l’Autrichien Jörg Haider.

D’un côté, les populistes, néo-fascistes plus ou moins déguisés ; de l’autre les démocrates vertueux. L’antagonisme fut cultivé à l’extrême entre les deux tours de l’élection présidentielle de 2002, au cours de laquelle on proclama que la jeunesse française faisait son éducation démocratique en manifestant contre la fameuse « bête immonde ».

Il est urgent que cette éducation soit sérieusement revue et complétée car le schéma vertueux ne tient pas. Les médias, qui ont beaucoup contribué à la promotion de Jean-Marie Le Pen et qui ont cru faire revivre après le 21 avril 2002 les grandes journées de l’Espagne antifasciste, sont largement responsables de la confusion conceptuelle qui entoure un « populisme » proliférant. Depuis une bonne dizaine d’années, Bernard Tapie, les Italiens Umberto Bossi (La Ligue du Nord) et Silvio Berlusconi, l’Américain H. Ross Perot et le Russe Jirinovski (tous deux bien oubliés), ou encore Arlette Laguiller (« populisme compassionnel »), Pierre Bourdieu (« Coluche triste » selon B.-H. Lévy) et même le guide Michelin ont été dénoncés comme « populistes ».

Il fallait donc remettre de l’ordre. C’est fait grâce à Pierre-André Taguieff, qui se livre à une analyse rigoureuse des personnalités, mouvements et partis qu’on désigne comme populistes, et qui ne sont pas tous, loin de là, antidémocrates, xénophobes et réactionnaires dans le domaine des mœurs.

Au terme de cette savante recherche, où sont recensés les divers types du phénomène et les formations hybrides, le populisme apparaît comme un des symptômes de la globalisation ultra-libérale et comme une des formes de la négation du politique, le populisme se caractérisant par le refus des distances (entre gouvernants et gouvernés), de la temporalité et des médiations – l’Etat étant résorbé dans la passion nationaliste et dans le fantasme ethnique. Le populisme aggrave la crise à laquelle il prétend remédier.

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(1) Pierre-André Taguieff, L’illusion populiste, de l’archaïque au médiatique, Berg International, 2002.

 

Article publié dans le numéro 806 de « Royaliste » – 23 décembre 2002