Le Medef n’est pas une organisation patronale classique, mais un organisme politique qui agit selon une perspective idéologique.

Deux syndicalistes qui se réclament du communisme libertaire ont publié sur le projet de société du Medef (1) une analyse remarquable. Thierry Renard et Voltairine de Cleyre démontrent que le Medef ne veut pas seulement détruire les conquêtes du Front populaire et de la Libération par la « refondation sociale », mais aussi promouvoir une doctrine sociétale et des normes morales capables de concurrencer celles qu’ont prête (de manière toujours plus abusive) à la gauche : il s’agirait de développer une « vision entrepreneuriale de la société » selon laquelle l’entreprise s’occuperait de tout (dans la logique de l’ultra-concurrence) et deviendrait le lieu principal de la création de valeurs.

Cette vision est à la fois naïve et dangereuse, car elle se répand dans le pays et imprègne la classe dirigeante. A cet égard, le rôle majeur de Denis Kessler et François Ewald, les deux idéologues du Medef, est fort bien mise en évidence. Et l’analyse permet de suivre le fil d’argent qui réunit, sur des thèmes et pour la défense d’intérêts commun, Ernest-Antoine Seillière, Jacques Chirac, Dominique Strauss-Kahn, l’inévitable Jean-Claude Trichet et l’inénarrable Alain Minc.

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(1) Thierry Renard, Voltairine de Cleyre, Medef : un projet de société, Syllepse, 2001.

 

Article publié dans le numéro 798 de « Royaliste » – 1er juillet 2002