Nous avons trois bonnes raisons de défendre la liberté de la presse.

– Elle est indispensable à la démocratie.

– Chateaubriand a inscrit au cœur de notre tradition royaliste le principe proclamé à l’article 11 de la Déclaration de 1789.

– Nous en bénéficions.

Nos abonnés, qui sont souvent de généreux donateurs, savent que l’absolue liberté d’un journal d’opinion est vécue avec une pauvreté de moyens qui menace à tout moment son existence. La loi réprimant les propos homophobes accroît cette fragilité. Notre critique de l’idéologie gay et des intimidations groupusculaires – non des pratiques amoureuses – nous expose à maints procès. Comme d’autres citoyens, nous sommes contraints de censurer sur ce point nos interpellations et nos insolences. C’est dire que cette loi, telle qu’elle a été votée par l’Assemblée nationale le 8 décembre, est liberticide.

Les conditions générales de la presse française ne sont pas plus favorables. La mise en tutelle des principaux quotidiens d’information par des groupes industriels et financiers s’accélère et se durcit. Ce processus fait actuellement l’objet de divers propos réprobateurs. On s’est à juste titre indigné des propos de Patrick le Lay sur la « préparation des cerveaux » aux messages publicitaires et de la brutale franchise d’un Serge Dassault envisageant la diffusion des « idées saines » par le biais de son immense groupe de presse (1).

Ne nous y trompons pas. Quant à la grande presse d’information, les jeux sont faits. Ces vingt dernières années (2) nous avons assisté à la reddition idéologique de « Libération », au naufrage des principes intellectuels et moraux qui avaient fait la force du « Monde », à l’alignement démagogique de la télévision publique sur ce que la privatisation dans l’audiovisuel a produit de pire : TF1.

Ces reniements, vécus dans la folie des grandeurs, ont permis une prise de contrôle croissante des principaux médias par des groupes capitalistes. Il en résulte une normalisation dont Edwy Plenel, notre vieil adversaire, est aujourd’hui la victime : les contrôleurs de gestion veulent « fédérer » des clients autour de produits neutres présentés sur des surfaces lisses.

Neutralité apparente. Les patrons de presse, les « grandes signatures » et les vedettes de la télévision diffusent une idéologie libérale tantôt extrémiste, tantôt nuancée d’esprit libertaire, qui se présente sous la forme d’ « évidences » assénées chaque jour. Cette idéologie convient parfaitement à la mentalité et aux intérêts des hautes classes – bénéficiaires du capitalisme à droite, « bourgeois-bohêmes » à gauche.L’oligarchie française dispose ainsi d’une presse écrite diversifiée et d’une télévision rassurante ; les critiques des contestataires – dont nous sommes – ne détruiront pas ce bloc de certitudes et d’intérêts croisés.

Ce n’est pas une raison pour se démobiliser. Nous avons à défendre dans son principe la presse libre, de droite et de gauche. Il est urgent de former de nouvelles générations de journalistes, pour contrebalancer l’enseignement conformiste des écoles spécialisées. Il faut encourager les réseaux rebelles au sein des médias asservis. Nous devons participer au développement sur la Toile de la nouvelle presse dissidente qui démontre, une fois encore, qu’on ne peut jamais empêcher la libre communication des pensées et des opinions.

Ecoutons Chateaubriand : « Point de gouvernement représentatif sans la liberté de la presse. Voici pourquoi : Le gouvernement représentatif s’éclaire par l’opinion publique, et est fondé sur elle. Les chambres ne peuvent connaître cette opinion, si cette opinion n’a point d’organes ». Le milieu dirigeant sera la première victime de l’asservissement de la presse, qu’il organise ou laisse faire. Aveuglé par les sondages, flatté par les coquins et les copains de médias, il ignore les mouvements profonds de l’opinion publique.

C’est une faiblesse grave. Elle pourrait lui être fatale..

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(1) Texte et commentaires sur le site Acrimed – Action critique médiashttp://www.acrimed.org/

(2) Cf. Julien Duval, Critique de la raison journalistique, Les transformations de la presse économique en France, Seuil, 2004.

Editorial du numéro 850 de « Royaliste » – 2004