Voici dix ans, Philippe Séguin avait la possibilité de reprendre l’aventure gaullienne. Il a renié ses convictions en même temps qu’il gâchait toutes ses chances et décourageait la plupart de ses partisans.

Il est inutile de s’interroger sur la psychologie de Philippe Séguin, pour y trouver des explications ou des excuses à un comportement aberrant : on peut être cyclothymique et demeurer fidèle à ses convictions, à ses engagements, à ses partisans.

Quel que soit l’état de son psychisme, de ses nerfs, de sa moralité personnelle, Philippe Séguin est un dirigeant politique qui relève d’un jugement sur ses qualités politiques. De ce strict point de vue, l’ancien président du RPR, aujourd’hui candidat à la mairie de Paris, ne mérite ni l’estime, ni même le salut.

J’écris ces lignes avec regret. J’ai cru, comme beaucoup de mes camarades de la NAR, comme beaucoup de gaullistes, comme certains socialistes, que Philippe Séguin était capable d’un grand destin national. Sa famille politique, son histoire personnelle, ses capacités intellectuelles, ses talents de tribun l’y prédisposaient. Mieux : la conjoncture politique, à la fin des années Mitterrand, lui permettait de tracer sans trop de peine son chemin. La campagne contre le traité de Maastricht avait fait de lui le défenseur de la souveraineté nationale et François Mitterrand, auquel il s’était opposé, le jugeait avec sympathie et croyait en son avenir politique. C’est dire que Philippe Séguin pouvait, en rompant avec Philippe de Villiers, rassembler la droite et la gauche patriotes (royalistes, gaullistes, « néo-jacobins » et sans doute pas mal de communistes) , redonner vie au vieux « parti des politiques » et, porté par ce rassemblement, devenir chef de l’Etat. D’ailleurs, celui qui était alors président de la République ne cachait pas qu’il voulait balayer Jacques Chirac, écraser Alain Juppé et entrer à l’Elysée en 2002.

Cette échéance est proche. Mais, en huit ans, nous avons vu Philippe Séguin refuser de prendre ses risques, oublier ses convictions, renier un par un ses engagements. Il a accepté l’Europe d’Amsterdam, le monétarisme, l’ultralibéralisme. Il n’a pas protesté contre la participation de la France aux opérations de l’OTAN contre la Yougoslavie. Il n’a pas tenté de s’opposer à la réduction de la durée du mandat présidentiel. Il a découragé et dispersé la plupart de ses partisans, jeunes pour la plupart, intelligemment patriotes – et si confiants ! Restent cependant autour de lui, dans la désastreuse campagne qu’il mène à Paris, tout une droite patriote qui a été abandonnée par Jacques Chirac, et quelques candidats qui représentent un gaullisme authentique : ainsi Henri Guaino, ancien commissaire au Plan, tête de liste dans le 5ème arrondissement de Paris, homme intègre et politiquement rigoureux qui mérite à tous égards d’être soutenu.

Mais Philippe Seguin a détruit trop d’espoirs placés en lui pour qu’on puisse encore lui faire confiance.

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Article publié dans le numéro 766 de « Royaliste » – 19 février 2001